Le logiciel au cœur de la politique industrielle du Brésil

Pour des raisons professionnelles, je commençais il y a un an environ à suivre l’actualité du Brésil. Depuis, Verteego et son excellent partenaire brésilien Proactive Consultoria, ont signé un premier et magnifique client en commun, Andrade Gutierrez, le géant de la construction sud-américaine. Il va sans dire que ma curiosité s’est vite transformée en intérêt marqué…

Même si scène est largement occupée par les arrestations de la Présidente Dilma Roussef des officiels pris en flagrant délit de corruption, une mesure récente du gouvernement a retenu toute mon attention.

La fiscalité brésilienne est très lourde, notamment la fiscalité du travail: il en coûte aux entreprises 1,41 reais en moyenne par real de salaire versé. Ce qui a pour conséquence que les industries intensives en capital humain n’embauchaient pas aussi vite qu’elles le pouvaient. Outre le textile, la chaussure, et les meubles, l’industrie du logiciel est considérée comme relevant d’un potentiel fort de recrutement et de développement de talents.

La mesure du gouvernement est la suivante: à partir du 1er octobre 2011, et pendant 18 mois, les entreprises brésiliennes du secteur du logiciel verront leurs charges sociales soulagées de 20%. En échange, elles verseront une taxe annuelle de 2,5% de leur chiffre d’affaires (1,5% pour le textile, la chaussure et les meubles en raison de l’alourdissement de leurs structures de coûts lié aux achats de matières premières).

Si cette mesure à l’issue des 18 mois probatoires est un succès, le gouvernement pourrait bien décider de l’étendre à d’autres secteurs économiques.

Personnellement, je trouve cette idée excellente: elle permet de lever les barrières à l’embauche d’une équipe solide tout de suite, tout en donnant aux entreprises qui doivent prendre le temps d’investir dans leur actif technologique de la souplesse pour bâtir de bons produits & services avant d’aller les vendre. Et ce n’est que dès lors qu’il y a transaction avec un client, et donc valeur ajoutée, que le gouvernement vient récupérer justement sa contribution à la création de cette valeur.

Une telle mesure appliquée en France permettrait aux éditeurs de logiciels de disposer d’équipes complètes (chef de produit, architecte logiciel, développeurs, administrateur base de données, testeurs, documentalistes, support, services professionnels) plus tôt dans leur cycle de maturation, leur permettant d’augmenter plus vite la qualité logicielle, et ainsi d’arriver sur le marché suffisamment armés contre la concurrence de leurs rivaux américains mieux capitalisés et les exigences des très grands comptes internationaux en matière de largesse et profondeur de la couverture fonctionnelle de la solution. S’il s’agissait de consommateurs ou de PME, on sait que les éditeurs qui créent le plus de valeur sur le long terme sont ceux qui développent des plateformes sur lesquelles des applications développées par d’autres éditeurs peuvent venir se clipser. Or, de telles plateformes sont très complexes à concevoir et longues à développer proprement: la mesure brésilienne adaptée à la sauce hexagonale permettrait à de telles entreprises éditrices de plateformes logicielles de pouvoir émerger depuis la Gaulle.

Le Brésil dégage une sérénité entrepreneuriale exceptionnelle qui n’a pas l’air de vouloir s’arrêter en si bon chemin tant le libéralisme économique semble ancré dans la Société: Erik Orsenna, dans son essai sur le coton (« Voyage au Pays du Coton, petit précis de mondialisation ») le qualifiait même de seul pays véritablement libéral qu’il avait visité (et n’incluait pas les Etats-Unis, et certainement pas la Chine, dans cette catégorie). Le Brésil a aussi compris qu’une industrie du logiciel forte était un gage de création d’emplois qualifiés certes, mais aussi de compétitivité et de rayonnement tellement le logiciel transpire par nature dans tous les secteurs industriels dont il est fournisseur. Pourtant, le Brésil ne fait pas encore tout bien: dans le même paquet de réforme de la politique industrielle qui comptait, outre cette mesure selon moi exceptionnellement intelligente de transfert d’impôt du travail vers le volume d’activité pour les éditeurs de logiciels, on pouvait trouver des mesures affreusement protectionnistes telles qu’un quadruplement des effectifs douaniers, ou encore, pire, une préférence domestique pour les marchés publics… On peut néanmoins le comprendre: si ses concurrents sur l’échiquier mondial ne jouent pas le jeu du libre-échange, pourquoi le Brésil devrait-il être le dindon de la farce?

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