Covid-19 : ce qui ne tue pas rend-il plus fort ?

Un grand merci à Lucrezia Carnelos pour la photo d'illustration ; retrouvez son travail ici : https://unsplash.com/@ciabattespugnose

Quelle claque elle nous met cette pandémie ! Pour les familles des défunts, c’est d’une tristesse… C’est soudain, inexplicable, imparable. Il est dangereux de les accompagner dans leurs derniers souffles, interdit de se rassembler pour les pleurer. Pour eux et pour les autres : vivons-nous l’avatar post-moderne de ce qu’était une guerre totale contre un ennemi invisible, avec son champs de bataille, ses morts et ses infirmeries ? LE moment de vie que l’on racontera à nos petits-enfants lorsqu’ils nous demanderont si nous y étions ? Personnellement, je m’attendais et me préparais à vivre un jour le 11 septembre du cyber-terrorisme, ou encore la naissance d’une Guerre Froide entre les complexes militaro-industriels chinois et états-unien, ou enfin un clash des civilisations musulmanes vs. judéo-chrétiennes suivant les brillantes prédications de Samuel Huntington. Mais non. Ce sera beaucoup plus romantique. Le coronavirus, dont je pensais il y a une semaine encore qu’il n’était qu’une éphémère émanation darwinienne, se révèle menacer toute l’espèce humaine. Ses contaminés se comptent en millions, ses morts par dizaines de milliers.

Nous sommes face à un objet biologique non identifié, qui défie tous les systèmes immunitaires, qui nous rappelle l’extrême vulnérabilité du corps humain. C’est comme si la Planète avait eu besoin de s’auto-réguler en forçant l’arrêt de la machinerie humaine, pour que le carburant s’arrête un peu de brûler, que les avions cessent de voler, que les eaux de Venise redeviennent claires au point d’attirer à nouveau le poisson – après tout ce temps. C’est comme si l’inventeur du jeu vidéo des dix dernières années nous disait : « Je vous ai envoyé l’Etat Islamique, les missiles nord coréens, le nucléaire en Iran, le Rana Plaza, le protectionnisme, les populistes un peu partout, les néo-nazis, la dette grecque, les migrants, le Brexit, mais malgré cela vous n’avez pas su saborder votre croissance qui aurait porté de manière imminente d’irrémédiables dommages à vos écosystèmes. Voici donc le Bowser, le big boss, le cygne noir du jeu vidéo de la dernière décennie : le virus tueur Covid-19. Il se prend à votre propre jeu de la mondialisation : il se transmet par échange humain. Il aura votre scalp et la peau vos économies. Bonne chance. »
Une version « Stratégie Océan Rouge » de « The World is Flat ». Un cauchemar, en tous cas pour ceux qui, comme moi, mes parents, mes enfants, n’ont pas connu la guerre.

Alors, ce qui ne tue pas rend-il plus fort ? Pré-Coronavirus, je préférais à cette maxime de Friedrich Nietzsche du tome l’Ecole de Guerre de la Vie (tiens tiens…) du chef d’oeuvre Le Crépuscule des Idoles (tiens tiens…), l’archi-connue ‘Expérience is the name everyone gives to their mistakes‘ d’Oscar Wilde. Mais quelle fut notre erreur ? A-ton fauté ? Pêché d’hubris au point qu’il fallu nous punir pour nous rappeler à la fragilité de notre condition humaine ? Vanité divine ? La chose m’intéresse : qui pouvait dire qu’il avait vu la balle venir ? Qui s’était préparé même un tout petit peu au tsunami COVID-19 ? La pensée occidentale permet-elle même d’anticiper un tel événement ? Plein de questions, pas de réponse. Comme en football, à la fin c’est l’allemand qui gagne.
Regardons donc plutôt, pour ceux qui subsistent, si nous sommes plus forts. Sur deux plans. Un premier social, un second économique. Même si, cela va de soi, les deux s’entremêlent.

Sur le plan social, la crise sanitaire actuelle nous rendra sans doute plus forts. Les fonctions vitales au fonctionnement de notre Société sont finalement celles qui ont l’autorisation de circuler physiquement : les professionnels de santé (infirmières, médecins,…) et de salubrité publique (ramassage des poubelles, traitement des déchets), les enseignants, les pompiers, les agriculteurs, les salariés des industries agro-alimentaires et de la chaîne du froid, du traitement et de la distribution d’eau potable, les commerçants de biens de première nécessité, les transporteurs du bout du monde comme du dernier kilomètre, les techniciens de l’urgence (plomberie, électricité, chaufferie-ventilation-climatisation…), les ouvriers du bâtiment car il faut plus que jamais se loger, les militaires et les douaniers pour fermer les frontières, la police pour faire respecter l’ordre, les journalistes, les banquiers, les scientifiques bien sûr, j’en oublie plein. Les autres, et bien, on a beau créer des emplois, la vie nous montre que nous sommes une caste inférieure dans la pyramide de Maslow inversée, qui se veut extraire la substantifique moelle de l’intérêt général. Ce n’est pas un jugement de valeur mais un constat. Oui, ce constat fait voler en éclats notre orgueil, ce constat nous remémore la nécessité de l’enthousiasme, de la passion, de l’ambition dans l’exercice de nos métiers qui occupent les journées de notre seule et unique vie, mais, plus important, ce constat influencera l’ensemble des réformes sociales qui seront pratiquées partout dans le monde pendant des décennies. La pénibilité n’est plus chez les conducteurs de locomotives, mais chez ceux que l’on n’entend jamais : les brancardiers. Et si à l’incapacité des bénéficiaires de privilèges à céder à l’évidence succédait un élan de solidarité réformateur ?

Sur le plan économique, nous sortirons affaiblis de la pandémie à court et moyen terme.
A court terme, sauf à sortir du confinement sous quinzaine, je ne vois pas comment la précarité ne gagnerait pas ceux qui vivent le plus chichement : les chauffeurs de taxi, le personnel d’entretien de l’immobilier tertiaire (bureaux, administrations), les gérants de cafés, les professionnels du tourisme, les organisateurs d’événements, les intermittents du spectacle,.. La liste serait trop longue. L’Etat va logiquement s’endetter pour soutenir les plus démunis. C’est son rôle. Mais aussi pour subvenir aux besoins de trésorerie de 99,9% des entreprises. Ce qui donnera naissance à un cycle long de pressions fiscales haussières, difficilement soutenable dans notre pays ; autre solution : changer radicalement de modèle, avec le risque immense de créer un boulevard aux extrémités politiques. Compliqué.
A moyen terme, petit calcul pour la France : l’économie française s’est arrêtée grosso modo le 15 mars 2020. Mettons que la période de confinement dure… 4 mois (et je suis généreux : elle fut de 3 mois dans la province de Hubei en Chine qui compte pas loin de 60 millions d’habitants, dont le système politique qui a mille défauts mais l’immense avantage de garantir un respect autrement plus orthodoxe des consignes). Cela nous mène au 15 juillet. Arrive août donc vacances. Puis la rentrée. L’économie repart – doucement car dans quel état sera-t-elle ? – le 15 septembre. C’est une demi-année de perdue, à un optimiste 40% d’activité, soit un PIB 2020 en baisse de 30% sur 2020. Allez, va pour une récession de 20% à 25% grâce aux effets d’aubaine en fin d’année. Un sacré coup d’accordéon qui nous demandera trois, quatre années de rattrapage. Et dire qu’il y a quarante-huit heures, malgré la formidable alerte de la main invisible des marchés financiers, je croyais encore ce que je lisais dans la Presse, à savoir que les prévisions de croissance pour 2020 passaient de 2% de croissance à 1% de croissance…
A long terme en revanche, trois bénéfices incommensurables :
– la notion de risque sera pour longtemps mieux appréhendée par l’ensemble de la population. Le risque, ce n’est autre chose qu’un rapport entre volatilité et rendement. Les amateurs d’investissements comprendront mieux pourquoi 3% de rendement annuel dans la pierre sont moins risqués que 8% dans un indice boursier, ou que 15% dans une société non cotée. Pourquoi un locataire AAA négocie plus son loyer qu’un autre. Pourquoi il est logique que les fonctionnaires, qui bénéficient de la sécurité de l’emploi, gagnent mécaniquement moins que dans le privé, où il est possible de perdre sa place. Ou encore que les salariés qui bénéficient de la protection sociale s’enrichissent potentiellement moins que les mandataires sociaux qui ne touchent pas le chômage en cas de difficulté ;
White is the New Black! des métiers relativement désaffectés aujourd’hui (les dorénavant usual suspects : professions médicales, sciences, pompiers, techniciens du bâtiment, agri-business, ville durable, services à la personne, enseignants,… etc.) gagneront durablement en prestige, en notoriété, et donc en attractivité ;
– les entreprises travailleront sur leurs chaînes d’approvisionnement pour les rendre moins dépendantes, plus résilientes, et sur leurs organisations pour en augmenter la flexibilité et l’adaptabilité. Au mythe de l’entreprise agile succèdera celui de l’entreprise maligne.

Pour quand une version mutante du virus fera surface ?

WeWork : de la bulle à la bosse

Je me sens un peu obligé d’y aller de mon point de vue sur ce que l’on pourrait appeler ‘l’affaire WeWork’ car, dans mon quotidien chez Welcomr, la startup passionnante que j’ai rejointe en mars pour créer de nouvelles expériences d’accès aux lieux, je suis amené à rencontrer un très grand nombre de professionnels de l’exploitation immobilière. Il s’agit par exemple de gestionnaires de lieux de travail flexibles, ou flex office, en colère de voir leur image éclaboussée par le scandale, d’investisseurs institutionnels dans les bureaux inquiets pour la valeur vénale des actifs qu’ils ont en portefeuille, ou encore de directeurs immobiliers de grands groupes soucieux de ne pas voir leurs directions générales ralentir les projets internes consacrés au flex office.

Je dois notamment partager trois conclusions selon moi difficilement contestables :
primo, c’est avant tout une crise de gouvernance qui a touché WeWork ;
deuzio, par voie de conséquence, les fondamentaux du modèle du flex office ne sont pas impactés ;
tertio, la chute éventuelle de WeWork aurait des conséquences marquées sur le marché de l’immobilier de bureaux aux Etats-Unis, mais un impact relativement indolore en Europe.

C’est une crise de gouvernance qui a touché WeWork

Il y a encore quelques semaines, alors que WeWork lançait le road show qui devait la conduire à s’introduire en Bourse en même temps qu’elle aurait opéré une augmentation de capital conséquente, ses actionnaires espéraient valoriser l’entreprise à 104 milliards de dollars. Aujourd’hui, WeWork a émis des actions à une valeur de 8 milliards de dollars auprès de son actionnaire historique, le conglomérat SoftBank et son bras armé dans l’investissement dans la technologie VisionFund. Soit une division par treize de la valorisation, engendrée par une confrontation de WeWork avec les marchés.

Indéniablement, cet épisode est une victoire pour les marchés financiers, à l’heure où l’utilité de ces derniers est régulièrement remise en question par les gouvernements populistes. La « main invisible », selon l’expression d’Adam Smith, a fait son oeuvre : les nombreux observateurs invités à émettre un avis sur le dossier enregistré auprès de la SEC – qu’ils soient journalistes, avocats, banquiers, auditeurs, investisseurs, concurrents, fournisseurs, clients – ont relevé de graves dysfonctionnements dans la gouvernance de l’entreprise, qui ont conduit à un retrait du projet d’IPO et au départ de son fondateur Adam Neumann.

Parmi ces dysfonctionnements, des désalignements d’intérêt évidents, comme à New York ces baux signés bien au-delà des valeurs de marché sur des actifs possédés par le fondateur, ou encore carrément de la cuisine comptable, avec à Londres des ventes intra-groupe afin de faire apparaître des plus-values immobilières dans les comptes. Le dégonflement de la valorisation de WeWork est principalement lié à une crise de gouvernance, dont la conséquence était la décorrélation de sa valeur avec ses comparables.

Les fondamentaux du modèle ne sont pas impactés

Les modes de travail ont changé. Il est normal que les lieux de travail changent aussi. Contrairement à la perception du grand public, les grands clients des acteurs du flex office ne sont pas, en budget, les free-lance, mais des grands groupes à la recherche de plateaux de plusieurs centaines de postes de travail clé-en-main. Ces plateaux doivent permettre d’attirer et de retenir les talents, et surtout on en a besoin tout de suite et maintenant, donc il n’y a pas le temps de faire appel à des aménageurs. C’est précisément sur cette anticipation de l’appréciation de la demande que les entrepreneurs de l’industrie du flex office ont fondé leur expertise. Ces derniers préemptent des lieux où ils ont la conviction qu’il y aura une demande soudaine pour un produit dont ils auront préalablement deviné les contours. L’incapacité d’autres acteurs à offrir à un instant t une réponse qualitative à un tel besoin leur donnera la possibilité d’exiger une double prime de flexibilité et de disponibilité immédiate. Les autres clients des opérateurs de flex office, ce sont les startups qui grandissent si vite qu’elles doivent adapter leurs espaces de travail d’une année à l’autre et qui du coup ne trouvent pas facilement de réponse adéquate à leurs besoins dans l’offre de baux traditionnels.

Tels sont les fondamentaux qui sous-tendent l’apparition de l’industrie de l’immobilier flexible. Les fondations du flex office sont le fruit de mutations sociales profondes que sont l’apparition du cloud computing, le télétravail, le mode projet, l’augmentation générale du coût de l’immobilier qui rend absurde l’idée d’utiliser une grande salle de réunion et non une bulle téléphonique pour passer son coup de fil, et surtout la guerre mondiale des talents qui a fait de la qualité des bureaux un argument massue de compétitivité. Les problèmes de WeWork ne les remettent aucunement en question, au contraire : si cette industrie n’était pas autant scrutée par les dirigeants soucieux de l’attractivité de leurs lieux de travail, alors la caisse de résonance du scandale n’aurait sans doute pas été aussi profonde.

Vous aurez remarqué que je distingue le coworking, qui repose sur la notion de proximité et de convivialité dans des lieux qui ont pignon sur rue, du flex office qui s’intéresse aux plateaux ou aux immeubles de bureau. Le premier s’analyse au travers du prisme des équations du commerce, voire du CHR (cafés, hôtels, restaurants) et leur succès est souvent corrélé aux flux de passage devant la devanture, ou à un positionnement communautaire (ex. sectoriel) bien articulé. Le second, quelque part réinventé par WeWork et dont l’ancêtre est le centre d’affaires, doit son succès à sa capacité à répondre aux exigences des startups de croissance et aux grands corporate en matière de qualité de service et de plug and play (débit télécom, confort, sécurité,…). 

La chute de WeWork n’aurait pas d’impact en Europe

WeWork a capté la moitié de l’offre de bureaux à New-York en septembre 2019. Sur l’ensemble de l’année 2019, WeWork représente environ 30% des prises à bail d’immeubles de bureaux ! Ces chiffres sont massifs et pourraient laisser penser à la possibilité d’une crise de l’immobilier de bureau sans précédent en cas de faillite de WeWork. Sauf que les lieux bénéficient souvent d’un taux de remplissage très élevé, d’un aménagement haut de gamme, et que leurs murs sont souvent la propriété d’institutionnels du bureau capables de reprendre en main l’exploitation, ou bien d’en confier la gestion à des exploitants qualifiés. A mes yeux, la liquidité des actifs WeWork est donc certaine. En Europe, où le déploiement d’unités est est beaucoup plus mesuré, les paramètres – remplissage, qualité, liquidité – sont les mêmes. Il n’y a donc selon moi aucune inquiétude à avoir de ce côté-là.

L’étrange été de Monsieur « i »

Les taux d’intérêt mondiaux passent décidément un été inhabituellement mouvementé.
Après la BCE, la Federal Reserve Bank américaine a baissé ses taux directeurs pour la première fois depuis la crise de 2008, suivie depuis par les banques centrales indienne, thaïlandaise et néo-zélandaise.

La signification que les économistes donnent à ce mouvement est classiquement que leur anticipation est au ralentissement, et du coup, qu’en réduisant le coût du crédit, les banques centrales stimulent naturellement l’endettement des agents économiques, et donc leurs investissements, et donc la prise de risques.

Justement, cette fois-ci, mon avis est qu’en raison du contexte, d’une part cette baisse ne sert à rien pour les agents économiques du secteur privé – premier risque – et d’autre part elle génère le risque contraire, à savoir que ce soient les Etats qui s’exposent à la certitude, littéralement, de voir leur dette exploser lorsque les taux remonteront – second risque.

Premier risque : trop d’incertitudes politiques pour favoriser les investissements des entreprises

Le Brexit, la guerre commerciale et monétaire Chine-USA, ce qui se passe à Hong-Kong, l’Iran toujours… Ce sont autant d’incertitudes politiques qui ralentissent le déploiement de capitaux par les décideurs américains aujourd’hui mais qui n’auront plus lieu d’être en octobre : on en saura plus alors sur la réalité des injonctions de Boris Johnson quant à la sortie anglaise à tout prix de l’UE, et les Etats-Unis et la Chine auront repris le cours de leurs négociations en septembre avec des dispositions forcément plus amicales qu’auparavant en ayant fait le constat que leurs entreprises respectives ont besoin de visibilité sur la stabilité politique du monde et de confiance en l’avenir pour investir sur le temps long dans leur appareil productif.

Donc taux plus bas ou pas, tout au mieux la baisse des taux récente de la Fed favorise-t-elle une renégociation des conditions de crédit des entreprises états-uniennes avec leurs banques, mais sans doute pas l’allocation de nouvelles lignes de crédit et donc de production.

Et derrière, ce sont autant de machines allemandes, italiennes ou japonaises pas achetées par les usines américaines, autant de commandes de composants taïwanais ou chinois pas passées, autant de matières premières africaines ou sud-américaines non importées, et autant de sociétés de services indiennes ou françaises qui ne sont finalement pas mandatées.

Second risque : un dérapage potentiel des dépenses publiques

Un coût de l’argent attractif entraîne une propension plus grandes des Etats à l’endettement : cet effet pervers agit, parmi les leaders des Etats dont les niveaux d’endettement vont déjà au-delà du raisonnable, comme un véritable révélateur de mauvais gestionnaires.

Prenons quelques exemples :
– La dette italienne représente 135% de son PIB alors qu’une des règles de l’Union Européenne est que la dette ne doit pas dépasser 60% du PIB d’un membre. L’UE ne sanctionne toujours pas, alors que, manifestement, les gouvernements italiens successifs n’ont pas fait ce qu’il fallait pour résorber le déficit public – au contraire de l’Irlande, du Portugal, de l’Espagne, et dans une moindre mesure, de la Grèce, où la gestion fut beaucoup plus rigoureuse et efficace.
– La France compte quant à elle autant de dette que de PIB, mais les taux s’abaissant, la charge de la dette diminue, laissant apparaître au budget des chiffres flatteurs alors que la baisse du service de la dette par rapport à ce qui était projeté crée un effet d’aubaine qui masque la réalité de l’augmentation des dépenses publiques. Soit un bien triste témoignage de notre incapacité à nous réformer. Dit autrement, de notre manque de courage politique au-delà des grands discours.

Mais que se passera-t-il lorsque les taux remonteront ? Et bien non seulement il sera trop tard pour réformer, car il faudra rembourser, donc collecter, donc prélever. Et surtout il faudra rembourser beaucoup plus, donc collecter plus, donc prélever plus. L’économie mondiale sera alors sujette à récession sachant qu’aujourd’hui on ne peut à ce stade parler que de ralentissement (ex. Etats-Unis), ou de correction (ex. l’Allemagne) suivant l’endroit où l’on se trouve.

C’est d’ailleurs le sens de l’inversion de la courbe des rendements obligataires des titres US à deux ans et à dix ans d’hier, un phénomène qui n’était pas arrivé depuis 2007. Cette inversion des courbes anticipe non pas une crise économique demain matin, mais la certitude, dans les dix-huit à vingt-quatre mois, pour les gouvernements aux politiques budgétaires les moins responsables, de sanctions financières non pas par la Commission Européenne, mais bien par la main invisible du marché qui forcera la remontée des taux – par exemple pour endiguer une inflexion de l’inflation. Les conséquences de ces sanctions seront sociales, donc se traduiront malheureusement dans l’économie réelle par une perte de pouvoir d’achat des ménages des pays les plus endettés. Comme quoi, en prenant la contraposée, une politique budgétaire saine est un bouclier efficace contre le ralentissement de la consommation des ménages.

Is France back?

Photo de Caroline De Souza

Les réseaux sociaux furent le théâtre d’un défilé de hashtags du genre #FranceIsBack #TheOtherStartupNation pendant les mois qui suivirent l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. Il est vrai que le terrain était largement préparé : la FrenchTech, c’était lorsqu’il était Ministre de l’Economie sous Hollande. Le CICE, dont les effets sur les comptes des entreprises apparurent dès 2016, c’était lorsque Macron était Ministre aussi. Et puis il y eut l’autre idée magique, après la rupture conventionnelle : la Loi Travail de 2016, qui décomplexe employeurs et salariés. Et enfin l’abolition de l’ISF, qui contribue à réhabiliter l’entreprise et l’envie de réussir économiquement ; car l’IFI taxe le vieil argent, celui de la pierre, et quelque part constitue le dernier rempart contre la constitution d’une bulle immobilière. Donc des mesures qui gagnent sans même compter sur les retombées internationales de l’image renvoyée par un Président jeune et svelte, qui clame son ambition, qui maîtrise l’anglais à la perfection, et qui ne faire guère cas de la différence d’âge inhabituelle avec son épouse.

Pourtant, la FrenchTech, c’est aussi un sujet de railleries de la part de nos concurrents européens, et pas qu’au CES Las Vegas, concurrents au premier rang desquels les Allemands ou les Anglais qui nous voient glousser tout haut des cocorico en faisant des selfies, tout en nous observant nous tirer lamentablement dans les pattes entre nous quand l’heure est venue de remporter des marchés – au lieu de patiemment dérouler le lobbying commercial nécessaire pour gagner en équipe des grands marchés stratégiques à l’export. Le CICE, c’est évidemment un pourboire confortable pour l’ensemble du tissu économique, et évidemment aussi un catalyseur de création ou tout du moins de maintien de l’emploi, mais quelqu’un le paie, et ce quelqu’un, c’est l’Etat. Quant à notre Président, il stigmatise, par son parcours et ses codes vestimentaires comme sémantiques, tout ce que la France d’en bas n’a pas.

Cela a donné, contrecoup d’une mesure de limitation de vitesse absolument anodine pour les citadins dont je fais partie, la crise des gilets jaunes. Triste par le vandalisme qu’elle a causé, contre-productive par les problèmes économiques qu’elle a engendré pour les commerces de centre-ville, inquiétante par les violents discours xénophobes qui y furent entendus, désolante pour notre image dans le monde comme pour notre sentiment d’unité, il n’empêche que son anarchisme a laissé entrevoir une fois de plus que la France comptait de nombreux et profonds problèmes sociaux, enracinés dans dans nos petites villes délaissées par l’industrie : des problèmes d’inégalités, des problèmes d’éducation et de formation, des problèmes de retour à l’emploi, des problèmes d’insertion, bref des problèmes de pérennité de notre modèle social, que je résume brutalement ainsi : Pays des Droits de l’Homme, Terre d’accueil et Etat-Providence.

Cependant… Cependant, sur le terrain de l’économie, force est de constater que ça balance pas mal en France, actuellement :

– la conjugaison d’une petite faiblesse conjoncturelle et politique de l’Allemagne, du Brexit, et du marasme italien, fait apparaître la France plus stable et plus forte que ses grands voisins immédiats – car les économies espagnole et helvétique se portent à merveille – ce qui attire des flux investissements étrangers ;

– crise du logement francilienne aidant, des grandes métropoles de Province (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Montpellier, Aix-Marseille,…) se réveillent et s’affirment plus qu’auparavant, bénéficiant d’un solde migratoire positif constitué majoritairement de catégories socio-professionnelles élevées en provenance de Région Parisienne, ce qui a pour effet d’offrir de nouvelles options d’implantation à ces fameux investissements directs en provenance de l’étranger, et donc un ré-équilibrage des prix, notamment de l’immobilier en région, hausses favorables à la création d’un patrimoine par des classes moyennes citadines qui auront eu l’idée salvatrice de recourir il y a quelques années à l’endettement pour accéder à la propriété ;

– alors que nous avons pourtant tous les problèmes du monde à former nos jeunes et nos moins jeunes aux grands défis d’aujourd’hui (le digital, l’anglais) et de demain (l’intelligence artificielle, le chinois), il n’a jamais été aussi difficile pour les employeurs de recruter. C’est d’ailleurs devenu leur problème public #1. Mécaniquement, les courbes du chômage sont à la baisse ;

– sur le plan politique, La République en Marche ne compte pas encore d’adversaire, ce qui a pour conséquence de créer de la stabilité ministérielle et du suivi et de la compétence dans les fait de maintenir le cap sur les grands dossiers de réformes, qui sont le fondement de l’élection d’Emmanuel Macron au-delà de son image. Au premier rang desquels, le plus difficile d’entre eux, celui qui doit rendre l’Etat moins gourmand financièrement pour réduire structurellement notre déficit public abyssal. Cela passe par l’instauration de la méritocratie dans l’administration publique, qui n’a foncièrement pas besoin de 5,5 millions de fonctionnaires lorsqu’on compare son efficacité à d’autres pays. Au deuxième rang de ces grands dossiers de réforme, on retrouve un serpent de mer des gouvernements successifs depuis 1995 : la simplification des régimes de retraite, au nombre de 42. Enfin, la nécessaire viabilisation économique de notre schéma d’assurance chômage, beaucoup trop généreux par rapport une fois encore à nos concurrents, et surtout ni soutenable financièrement en temps de crise (c’est un peu la double peine), ni générateur d’agilité dans les compétences que pourraient développer certaines franges largement employables de bénéficiaires des indemnités de chômage.
Une fois ces trois ressorts activés, le temps viendra de s’attaquer sans ancre flottante à nos deux ralentisseurs en chef : nos charges sociales trop élevées et notre ponction fiscale peu flatteuse.

Et ce n’est pas tout ! Pèle-mêle :
– les banques, même si elles ne gagnent pas bien leur vie aux taux de crédit actuels, compensent leurs faibles marges par le volume avec des vannes bien ouvertes en faveur de l’investissement des entreprises dans leur outil industriel qui était vieillissant. Les gagnants de cette facilité d’accès au crédit relativement nouvelle depuis l’inflation galopante des Trente Glorieuses : les PME-PMI un peu, les ETI bien sûr, et même, phénomène inédit de notre histoire économique, les startups ;
– la croissance est là, enfin pas trop quand même, mais toujours plus que l’inflation ;
– la santé boursière des grandes entreprises est certaine, sans non plus que les valorisations ne soient excessives. Ce qui balaye toute idée d’explosion d’une bulle.

Rien n’est parfait, certes. Mais pour une fois, ça va pas mal, malgré les tensions économiques entre la Chine et les Etats-Unis, les tensions diplomatiques aussi (Iran, Hong-Kong, Taiwan,…), ou les difficultés de couple et de moment, au sens physique, au cœur de l’Union Européenne. Donc il y a de quoi être optimiste si structurellement, Macron parvient à venir à bout de son paquet courageux mais longtemps espéré et d’autant plus nécessaire de réformes, et si sur le plan conjoncturel, la géopolitique ne nous rattrape pas dans le sens qu’une guerre entre les Etats-Unis et l’Iran entraînerait, outre une flambée des prix du pétrole que nous importons massivement, un nouveau vent d’incertitude à même de freiner la dynamique économique actuelle dont on sait malgré tout qu’elle ne saurait perdurer sans une résorption durable de la fracture sociale dans l’hexagone. Sans même évoquer la transition énergétique et écologique que nous devons mener de front.

France is Back. Mais notre gouvernement doit avoir le courage d’aller au bout du chemin pour que plus jamais cette expression n’ait à être employée de nouveau.


Pourquoi j’ai rejoint Welcomr

Après plus de dix ans d’une aventure entrepreneuriale et humaine extraordinaire avec Verteego, et environ neuf mois de gestation de ma future destination professionnelle qui s’annonçait être celle de la création, je me suis associé fin février de cette année à Alexis Gollain, fondateur de l’entreprise Welcomr. Basée à Tours, où elle est née il y a cinq ans, Welcomr est une proptech, c’est-à-dire une startup technologique s’adressant à l’industrie de l’immobilier. Welcomr accélère la digitalisation des exploitants d’espaces collaboratifs de travail et de vie.

Concrètement, Welcomr permet aux utilisateurs de lieux d’ouvrir des portes, des barrières de parking, des casiers ou encore des ascenseurs avec leur smartphone. En se connectant aux systèmes de réservation, Welcomr permet à ses clients de proposer des expériences d’usage complètement nouvelles, ceci de manière absolument sécurisée.

Au-delà d’une rencontre pleine de promesses, de la qualité exceptionnelle de l’équipe que je rejoins et de la maturité technique des produits déjà développés, ce qui m’a convaincu dans l’analyse fondamentale des facteurs exogènes de succès de l’entreprise, c’est l’évidence suivant laquelle Welcomr s’inscrit au cœur des cinq mutations globales, profondes et incoercibles, que sont selon moi :

1. la pénétration du logiciel au cœur de l’ensemble des secteurs économiques : je fais évidemment référence à l’article fondateur ‘Why Software is eating the World’ du capital-risqueur Marc Andreessen dans le Wall Street Journal en août 2011.
Welcomr vient dématérialiser les badges ou les clés dans les entreprises : et quand la dématérialisation s’accompagne d’un surcroît de valeur ajoutée dans l’expérience utilisateurs, on parle de digitalisation. A l’heure où le marché transite d’un modèle de propriété d’un bail vers l’usage d’une prestation de service, nous nous adressons à des opérateurs de flex-office pour leur permettre de disposer d’une colonne vertébrale robuste et interopérable de gestion dynamique de leurs espaces physiques.

2. le ralentissement structurel de la croissance mondiale : autant dans les pays développés que dans les pays émergents, la fête est finie. De nombreux facteurs (démographiques avec le vieillissement de la population, endettement public généralisé qui fragilise les investissements dans les nouvelles infrastructures, raréfaction des ressources naturelles, ralentissement de l’économie chinoise, difficultés d’éradication de la corruption en Afrique…) entraînent l’évidence suivant laquelle les gisements de progrès de nos Sociétés sont transférés par les Etats à leurs entreprises. Les entreprises ont la mission d’améliorer leur compétitivité tout en clarifiant leur raison d’être, qui doit s’inscrire dans un projet sociétal.
J’ai la certitude que présenter 3% de cap rate pour un acteur de l’exploitation l’immobilière n’est pas un fatalité, ou en tous cas qu’il est impossible de se satisfaire de la médiocrité ; j’ai aussi rejoint Welcomr parce-que chaque point de CAPEX rogné, chaque point de productivité gagné, chaque utilisateur impressionné par la qualité de l’expérience fournie – et j’ai la conviction que nous fournissons à nos clients un avantage compétitif certain – permet à chacun de nos clients d’améliorer sensiblement le métabolisme de leur modèle économique.

3. la mondialisation : les entreprises doivent exporter pour rentabiliser leurs investissements. C’est une évidence sauf dans les pures activités de services, et sauf peut-être aux Etats-Unis et en Chine où la profondeur des marchés domestiques accélère la capacité des acteurs économiques à grandir vite, mais ralentit leur processus d’internationalisation. Parallèlement, le web standardise les comportements individuels, pour le meilleur et pour le pire : de New-York à Tokyo, tout est partout pareil, on prend les mêmes métros dans les mêmes banlieues, mais quoiqu’on en dise, les usages des réseaux sociaux forgent la jeunesse, et les multinationales lissent les pratiques de consommation.
Pour Welcomr, la bonne nouvelle réside dans l’impérieuse nécessité pour les startups, fréquemment installées dans des espaces de coworking, de cultiver sur l’ensemble de leurs sites d’implantation une marque employeur suffisamment forte pour attirer les meilleurs. C’est la même chose pour les grands groupes où la qualité de l’environnement de travail devient un critère majeur de rétention des talents. Or, les entreprises qui réussissent s’internationalisent de plus en plus vite, et engendrent une harmonisation croissante dans la manière dont sont utilisés partout dans le monde les bâtiments de bureaux, en raison de la nécessité pour les employeurs de proposer à leurs salariés une expérience de marque employeur homogène d’un site à l’autre. Cette vérité côté utilisateurs transcende la difficulté qu’ont, côté investisseurs, les foncières de bureaux à s’internationaliser, sans doute en raison du caractère intimement local de l’expertise nécessaire pour réussir sur les marchés immobiliers.

4. l’urbanisation : si la ville américaine fait dans la verticalité, la ville européenne et la ville asiatique sont modelées suivant un moule horizontal dont la limite est la frontière politique de l’espace convoité, la commune par exemple. Or, la géographie aidant, l’urbanisation continue de la population mondiale contraint à l’augmentation de la réserve foncière des grandes métropoles et de leurs vassales, transcendant les règles d’urbanisme européennes et asiatiques pour accélérer la verticalisation des villes.
La conséquence est que les bâtiments à opérer sont soit de plus en plus élevés lorsque les plans locaux d’urbanisme évoluent, soit de plus en plus optimisés sur le plan de leur taux d’occupation cible, du coup ils voient leurs capacitaires croître, donc ils sont plus complexes à exploiter. Les exploitants de bâtiments ont ainsi mécaniquement besoin de partenaires technologiques comme Welcomr pour les accompagner dans l’arraisonnement de l’utilisation de leurs surfaces dans l’intérêt de leurs utilisateurs, sans pour autant risquer le moindre compromis en matière de sécurité à une époque où le risque cyber n’a d’égal que la réalité de la menace d’intrusion physique.

5. le développement durable : ma génération est convaincue de la nécessité de réalisation de plusieurs transitions de manière conjuguée ; une transition sociale et numérique, permettant à des populations de se former à des compétences recherchées pour sortir de la précarité alors que l’intelligence artificielle arrive à grande vitesse, et une transition climatique et énergétique, privilégiant la poursuite de la quête humaine du progrès tout en préservant notre terrain de jeu.
Chaque déploiement de Welcomr permet de plus d’économiser les kilomètres de câbles qui auraient été installés pour câbler un lecteur de badges à son unité de transfert que l’on appelle dans le monde du contrôle d’accès UTL, son UTL à sa centrale, et sa centrale à l’unité centrale disposant de son logiciel de programmation de badges, qui eux-mêmes auraient été livrés chaque mois en provenance d’un lointain pays. Cela n’a l’air de rien, mais lorsque ma génération sera aux commandes, et c’est chaque jour un peu plus une réalité, cet argument d’une contribution évidente à un monde plus rationnel accélérera encore un peu plus l’attractivité de l’expérience que nous proposons à nos clients de s’approprier. Le bâtiment et la logistique sont les secteurs les plus intensifs en émissions de gaz à effet de serre : chez Welcomr, nous contribuerons autant à leur sobriété que nous aurons commercialement du succès.

Ainsi que j’ai tenté de vous le montrer, il y au moins cinq raisons structurelles pour lesquelles Welcomr est formidablement positionnée pour faire connaître à ses clients tout le succès qu’ils méritent. Et c’est pour moi, dorénavant, autant de « sens ajouté » tous les matins au réveil.

Abrogeons les jours fériés pour relancer l’économie française !

376666_475469422499871_1915333819_n[1]Non je ne me suis pas spécialement réveillé ce matin en me disant que je me ferais plus d’ennemis que d’habitude aujourd’hui. Mais à force de (re)chercher des recettes de cuisine toutes plus farfelues les unes que les autres, de complexifier le paysage réglementaire de propositions de lois qui seraient peut-être efficaces si elles n’étaient pas immédiatement rabotées ou annulées par une contre-mesure tout aussi ésotérique à l’effet inverse au moindre départ de feu social ou émanant d’un groupe d’influence disposant des leviers nécessaires, et bien nos politiques en finissent par en oublier les fondamentaux : la création de richesses pour le plus grand nombre passe par la réhabilitation du travail, une valeur fondamentale pour certains, un gros mot pour d’autres, un tabou trop souvent. Révolutionnaire, n’est-ce pas ?

Il me semble que je peux capitaliser le temps de ce blog post sur une double légitimité pour évoquer le sujet du travail : primo, je ne suis ni encarté politiquement, ni affilié à aucun mouvement de syndicalisme patronal qui soit, donc ne prêche pour aucune paroisse en particulier ; secondo, je suis confronté au quotidien aux réalités économiques et sociales de mon pays en tant que Président et donc premier commercial de mon entreprise, Verteego, qui vend des services innovants de data management aux entreprises et aux collectivités. Voici pour ma double légitimité, et pour l’occasion, et bien nous sommes un lundi de Pâques, donc l’occasion de taper sur les jours fériés (nous allons y venir) est rêvée, et puis ça dort dans ma chaumière, donc j’ai les quelques minutes qu’il me faut pour fulminer sur mon clavier plutôt que dans ma barbe ou auprès de ma chère et tendre.

Un chef d’entreprise donc, d’une PME de surcroît, mais un chef d’entreprise qui appréhende le mois de mai qui arrive avec 3 « ponts » sur 4 semaines. En gros, cela veut dire qu’on oublie le business en mai comme on l’oublie en août pour cause pause estivale, en décembre car on prépare les fêtes de fin d’année, et en janvier car nos clients clôturent leur année fiscale. Vous l’avez compris, je n’ose même pas m’aventurer dans l’idée de toucher aux sacro-saintes 35 heures, mais je propose un avatar plus « soft » et il me semble acceptable de l’augmentation du temps de travail qui consisterait en l’abrogation pure et simple de la majorité de nos jours fériés nationaux. A voir au cas par cas en fonction de leur puissance symbolique et de leur légitimité historique et sociale. Ou bien appliquons carrément la règle du hasard pour déterminer quels jours fériés sauteraient en instaurant un devoir de mémoire sous la forme d’une minute consacrée au rappel de l’histoire.
Petit calcul de coin de table : mettons que sur la petite dizaine de jours fériés français nous en récupérions 5 au titre de la relance solidaire, cela fait 1 semaine de gagnée sur environ 40 semaines de travail. Soit 2,5% de croissance du temps de travail. Mettons qu’après retraitement du manque à gagner du secteur tourisme – hôtellerie – restauration – transports – loisirs il nous en reste 2%, cela fait un supplément de 2% d’output en provenance directe de nos fonctions de production, donc potentiellement 2% de PIB en plus ! au prix d’une petite semaine supplémentaire de travail qui en plus pourrait avoir la fonction de dé-cloisonner notre mois de mai fichu. Je ne sais pas pour vous mais moi, les 2% de croissance supplémentaires, je les prends avec le sourire dans la conjoncture actuelle.
Poussons la logique jusqu’au bout : on pourrait imaginer qu’une telle mesure n’entre en vigueur pour l’année calendaire suivante que dès lors que la croissance du PIB de l’année passée soit inférieure à 3%. Une manière élégante, je pense, de manier la carotte et le bâton en responsabilisant toutes les parties prenantes du développement économique et social de notre pays.

Supprimer les jours fériés : mazo le Jérém’ ? Faisons parler les chiffres de la comparaison avec l’Allemagne, un voisin plus peuplé, à l’histoire récente plus complexe (la réunification…), avec plus de voisins, donc en apparence plus difficile à gouverner, mais qui réussit comparativement beaucoup mieux que nous. Le temps de travail moyen d’un employé à temps plein en France est le plus bas d’Europe et se chiffre à 1.679 heures, soit 224 heures de moins qu’en Allemagne. 224 heures ! Dit autrement, toutes choses égales par ailleurs, un salarié en Allemagne travaille chaque année 6 semaines de plus qu’un travailleur français.
Et si la réduction du temps de travail en Europe est une tendance lourde des réformes politiques et sociales de ces 15 dernières années, la France a réduit de 270 heures le temps de travail obligatoire entre 1999 et 2010, contre 124 heures pour l’Allemagne sur la même période. Pour faire simple, disons qu’on va deux fois plus vite que nos voisins allemands dans la mise en place de mesures visant à travailler moins.
A côté de cela, le ratio de rentabilité d’exploitation sur le chiffre d’affaires était en 2012 de plus de 6% outre-Rhin, contre 5,6% côté hexagonal. Soit 10% d’écart de performance entre nos entreprises en moyenne : c’est colossal. Pour rappel les Allemands travaillent environ 15% de plus (cf. nos 224 heures ci-dessus).

A l’heure où notre économie peine à se relancer, où le populisme gagne chaque jour du terrain, où le chômage atteint des sommets historiques sans que ne vienne poindre à l’horizon le moindre espoir d’une inflexion, où nous ne cherchons même plus à habiter le costume de « grande puissance moyenne » qui fut jadis le nôtre, il me semble que réhabiliter le travail dans sa forme la plus noble pour laisser à nos entreprises une marge d’investissement dans de nouveaux projets, à nos équipes le temps d’employer leur créativité à proposer de nouveaux produits ou services plutôt que de courir derrière la montre en permanence, aurait pour effet d’envoyer un signal, celui d’un effort de la population active pour une relance consciente de sa production en retrait face à la concurrence, de renforcer la crédibilité de la marque France aux yeux des investisseurs internationaux à la recherche des territoires les mieux positionnés pour participer aux échanges de demain et les mieux à même de les aider à s’insérer au mieux dans la mondialisation, et de créer immédiatement un surplus de valeur ajoutée qui se traduirait mécaniquement et instantanément dans nos indicateurs macroéconomiques. Le message serait « Nous, Français, ne sommes pas les fainéants que vous imaginiez. Nous avons des gens extraordinaires d’inventivité et de savoir-faire, et nous prenons soin de leur laisser le temps de réaliser leur potentiel !« .

1309-07[1]Je ne pense pas que ces quelques jours – une semaine de travail disions-nous – soient à même de porter atteinte à notre productivité, présumée élevée, a fortiori s’ils sont consacrés à la mobilisation des forces vives des entreprises et des collectivités autour de projets de transformation par le numérique, pour préparer les organisations à leurs réalités de demain.

Un jour quand je le pourrai, j’essaierai d’écrire sur la nécessité absolue d’ouvrir grand les vannes de l’immigration aux classes de travailleurs dont nous manquons le plus et de concevoir et mettre en oeuvre un véritable marketing de notre territoire auprès d’entrepreneurs, d’où qu’ils viennent : paradoxalement, l’immigration qualifiée est un vecteur majeur de création d’emplois.

Sources (par souci d’anticipation…) :

Coe-Rexecode sur la comparaison France / Allemagne des temps de travail à partir de données Eurestat 2012

Chiffres OCDE 2013 sur les temps de travail annuels dans un certain nombre de pays

Une étude de la BACH (Bank for the Accounts of Companies Harmonized) datant d’octobre 2014 sur la profitabilité des entreprises dans un échantillon de pays européens

L’urbanisation de la Chine: un enjeu… planétaire

2013-09-16 10.47.10

Shanghai, une vue du Bund – septembre 2013

Parmi les « méga-tendances » mondiales que sont l’efficacité ressources (lutte contre la dépendance énergétique, le changement climatique,…), l’alimentation et la santé, ou encore la globalisation, je pense que l’urbanisation de la Chine a toute sa place. Ayant passé un pourcentage à deux chiffres de mon temps en Chine cette dernière année, j’ai pu observer dans mes discussions à quel point la thématique de l’urbanisation suscite une écoute particulière.

Pour vous en convaincre, voici les ordres de grandeur que l’on entend communément sur l’urbanisation chinoise: en 1950, 13% de la population chinoise vivait en ville. En 2014, ce chiffre a bondi pour atteindre 55%. A cette allure, 1 milliard de Chinois vivront en ville en 2020. La Chine comptera alors plus de 220 villes de plus de 1 million d’habitants (contre 1 en France et 25 en Europe aujourd’hui…).

Ce mouvement massif d’urbanisation revêt des enjeux environnementaux, économiques, sociaux et politiques qui me semblent stratégiques pour le monde chinois mais pas seulement.
Des enjeux environnementaux car même si c’est moins pire qu’avant, les nappes phréatiques chinoises sont en majorité polluées, or il faudra approvisionner en eau potable ces zones urbaines, mais aussi sécuriser la filière alimentaire. La Chine fait déjà face à Beijing Tianjin ou Wuhan par exemple à des risques critiques de pénuries d’eau, de surcroît. D’autre part les néo-urbains seront autant de nouveaux consommateurs à l’heure où l’économie circulaire n’est pas la norme.
Des enjeux économiques car les marques – d’où qu’elles viennent – qui tireront profit au sens propre du terme des nouvelles attentes des habitants de ces nouveaux quartiers, qui sauront accompagner les nouveaux usages numériques ou non développés par la jeunesse chinoise, deviendront les leaders mondiaux de demain.
Des enjeux sociaux car il faudra bien les loger, ces masses urbaines, mais aussi faciliter leur mobilité, leur éducation,….
Des enjeux politiques enfin car la stabilité chinoise repose sur une équation délicate du point de vue du développement durable mêlant croissance économique, enrichissement, et amélioration de la qualité de vie (mesurée par la qualité de l’air, la santé,…).

On le mesure difficilement aujourd’hui, mais je suis persuadé que l’on touche à un enjeu majeur de la prochaine décennie, enjeu qui dépasse la République Populaire de Chine pour mobiliser partout dans le monde des énergies ayant vocation à rencontrer des partenaires chinois. Nous sommes à une époque charnière, en pleine transition, pleine de contradictions et d’opportunités – donc passionnante.