Abrogeons les jours fériés pour relancer l’économie française !

376666_475469422499871_1915333819_n[1]Non je ne me suis pas spécialement réveillé ce matin en me disant que je me ferais plus d’ennemis que d’habitude aujourd’hui. Mais à force de (re)chercher des recettes de cuisine toutes plus farfelues les unes que les autres, de complexifier le paysage réglementaire de propositions de lois qui seraient peut-être efficaces si elles n’étaient pas immédiatement rabotées ou annulées par une contre-mesure tout aussi ésotérique à l’effet inverse au moindre départ de feu social ou émanant d’un groupe d’influence disposant des leviers nécessaires, et bien nos politiques en finissent par en oublier les fondamentaux : la création de richesses pour le plus grand nombre passe par la réhabilitation du travail, une valeur fondamentale pour certains, un gros mot pour d’autres, un tabou trop souvent. Révolutionnaire, n’est-ce pas ?

Il me semble que je peux capitaliser le temps de ce blog post sur une double légitimité pour évoquer le sujet du travail : primo, je ne suis ni encarté politiquement, ni affilié à aucun mouvement de syndicalisme patronal qui soit, donc ne prêche pour aucune paroisse en particulier ; secondo, je suis confronté au quotidien aux réalités économiques et sociales de mon pays en tant que Président et donc premier commercial de mon entreprise, Verteego, qui vend des services innovants de data management aux entreprises et aux collectivités. Voici pour ma double légitimité, et pour l’occasion, et bien nous sommes un lundi de Pâques, donc l’occasion de taper sur les jours fériés (nous allons y venir) est rêvée, et puis ça dort dans ma chaumière, donc j’ai les quelques minutes qu’il me faut pour fulminer sur mon clavier plutôt que dans ma barbe ou auprès de ma chère et tendre.

Un chef d’entreprise donc, d’une PME de surcroît, mais un chef d’entreprise qui appréhende le mois de mai qui arrive avec 3 « ponts » sur 4 semaines. En gros, cela veut dire qu’on oublie le business en mai comme on l’oublie en août pour cause pause estivale, en décembre car on prépare les fêtes de fin d’année, et en janvier car nos clients clôturent leur année fiscale. Vous l’avez compris, je n’ose même pas m’aventurer dans l’idée de toucher aux sacro-saintes 35 heures, mais je propose un avatar plus « soft » et il me semble acceptable de l’augmentation du temps de travail qui consisterait en l’abrogation pure et simple de la majorité de nos jours fériés nationaux. A voir au cas par cas en fonction de leur puissance symbolique et de leur légitimité historique et sociale. Ou bien appliquons carrément la règle du hasard pour déterminer quels jours fériés sauteraient en instaurant un devoir de mémoire sous la forme d’une minute consacrée au rappel de l’histoire.
Petit calcul de coin de table : mettons que sur la petite dizaine de jours fériés français nous en récupérions 5 au titre de la relance solidaire, cela fait 1 semaine de gagnée sur environ 40 semaines de travail. Soit 2,5% de croissance du temps de travail. Mettons qu’après retraitement du manque à gagner du secteur tourisme – hôtellerie – restauration – transports – loisirs il nous en reste 2%, cela fait un supplément de 2% d’output en provenance directe de nos fonctions de production, donc potentiellement 2% de PIB en plus ! au prix d’une petite semaine supplémentaire de travail qui en plus pourrait avoir la fonction de dé-cloisonner notre mois de mai fichu. Je ne sais pas pour vous mais moi, les 2% de croissance supplémentaires, je les prends avec le sourire dans la conjoncture actuelle.
Poussons la logique jusqu’au bout : on pourrait imaginer qu’une telle mesure n’entre en vigueur pour l’année calendaire suivante que dès lors que la croissance du PIB de l’année passée soit inférieure à 3%. Une manière élégante, je pense, de manier la carotte et le bâton en responsabilisant toutes les parties prenantes du développement économique et social de notre pays.

Supprimer les jours fériés : mazo le Jérém’ ? Faisons parler les chiffres de la comparaison avec l’Allemagne, un voisin plus peuplé, à l’histoire récente plus complexe (la réunification…), avec plus de voisins, donc en apparence plus difficile à gouverner, mais qui réussit comparativement beaucoup mieux que nous. Le temps de travail moyen d’un employé à temps plein en France est le plus bas d’Europe et se chiffre à 1.679 heures, soit 224 heures de moins qu’en Allemagne. 224 heures ! Dit autrement, toutes choses égales par ailleurs, un salarié en Allemagne travaille chaque année 6 semaines de plus qu’un travailleur français.
Et si la réduction du temps de travail en Europe est une tendance lourde des réformes politiques et sociales de ces 15 dernières années, la France a réduit de 270 heures le temps de travail obligatoire entre 1999 et 2010, contre 124 heures pour l’Allemagne sur la même période. Pour faire simple, disons qu’on va deux fois plus vite que nos voisins allemands dans la mise en place de mesures visant à travailler moins.
A côté de cela, le ratio de rentabilité d’exploitation sur le chiffre d’affaires était en 2012 de plus de 6% outre-Rhin, contre 5,6% côté hexagonal. Soit 10% d’écart de performance entre nos entreprises en moyenne : c’est colossal. Pour rappel les Allemands travaillent environ 15% de plus (cf. nos 224 heures ci-dessus).

A l’heure où notre économie peine à se relancer, où le populisme gagne chaque jour du terrain, où le chômage atteint des sommets historiques sans que ne vienne poindre à l’horizon le moindre espoir d’une inflexion, où nous ne cherchons même plus à habiter le costume de « grande puissance moyenne » qui fut jadis le nôtre, il me semble que réhabiliter le travail dans sa forme la plus noble pour laisser à nos entreprises une marge d’investissement dans de nouveaux projets, à nos équipes le temps d’employer leur créativité à proposer de nouveaux produits ou services plutôt que de courir derrière la montre en permanence, aurait pour effet d’envoyer un signal, celui d’un effort de la population active pour une relance consciente de sa production en retrait face à la concurrence, de renforcer la crédibilité de la marque France aux yeux des investisseurs internationaux à la recherche des territoires les mieux positionnés pour participer aux échanges de demain et les mieux à même de les aider à s’insérer au mieux dans la mondialisation, et de créer immédiatement un surplus de valeur ajoutée qui se traduirait mécaniquement et instantanément dans nos indicateurs macroéconomiques. Le message serait « Nous, Français, ne sommes pas les fainéants que vous imaginiez. Nous avons des gens extraordinaires d’inventivité et de savoir-faire, et nous prenons soin de leur laisser le temps de réaliser leur potentiel !« .

1309-07[1]Je ne pense pas que ces quelques jours – une semaine de travail disions-nous – soient à même de porter atteinte à notre productivité, présumée élevée, a fortiori s’ils sont consacrés à la mobilisation des forces vives des entreprises et des collectivités autour de projets de transformation par le numérique, pour préparer les organisations à leurs réalités de demain.

Un jour quand je le pourrai, j’essaierai d’écrire sur la nécessité absolue d’ouvrir grand les vannes de l’immigration aux classes de travailleurs dont nous manquons le plus et de concevoir et mettre en oeuvre un véritable marketing de notre territoire auprès d’entrepreneurs, d’où qu’ils viennent : paradoxalement, l’immigration qualifiée est un vecteur majeur de création d’emplois.

Sources (par souci d’anticipation…) :

Coe-Rexecode sur la comparaison France / Allemagne des temps de travail à partir de données Eurestat 2012

Chiffres OCDE 2013 sur les temps de travail annuels dans un certain nombre de pays

Une étude de la BACH (Bank for the Accounts of Companies Harmonized) datant d’octobre 2014 sur la profitabilité des entreprises dans un échantillon de pays européens

L’urbanisation de la Chine: un enjeu… planétaire

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Shanghai, une vue du Bund – septembre 2013

Parmi les « méga-tendances » mondiales que sont l’efficacité ressources (lutte contre la dépendance énergétique, le changement climatique,…), l’alimentation et la santé, ou encore la globalisation, je pense que l’urbanisation de la Chine a toute sa place. Ayant passé un pourcentage à deux chiffres de mon temps en Chine cette dernière année, j’ai pu observer dans mes discussions à quel point la thématique de l’urbanisation suscite une écoute particulière.

Pour vous en convaincre, voici les ordres de grandeur que l’on entend communément sur l’urbanisation chinoise: en 1950, 13% de la population chinoise vivait en ville. En 2014, ce chiffre a bondi pour atteindre 55%. A cette allure, 1 milliard de Chinois vivront en ville en 2020. La Chine comptera alors plus de 220 villes de plus de 1 million d’habitants (contre 1 en France et 25 en Europe aujourd’hui…).

Ce mouvement massif d’urbanisation revêt des enjeux environnementaux, économiques, sociaux et politiques qui me semblent stratégiques pour le monde chinois mais pas seulement.
Des enjeux environnementaux car même si c’est moins pire qu’avant, les nappes phréatiques chinoises sont en majorité polluées, or il faudra approvisionner en eau potable ces zones urbaines, mais aussi sécuriser la filière alimentaire. La Chine fait déjà face à Beijing Tianjin ou Wuhan par exemple à des risques critiques de pénuries d’eau, de surcroît. D’autre part les néo-urbains seront autant de nouveaux consommateurs à l’heure où l’économie circulaire n’est pas la norme.
Des enjeux économiques car les marques – d’où qu’elles viennent – qui tireront profit au sens propre du terme des nouvelles attentes des habitants de ces nouveaux quartiers, qui sauront accompagner les nouveaux usages numériques ou non développés par la jeunesse chinoise, deviendront les leaders mondiaux de demain.
Des enjeux sociaux car il faudra bien les loger, ces masses urbaines, mais aussi faciliter leur mobilité, leur éducation,….
Des enjeux politiques enfin car la stabilité chinoise repose sur une équation délicate du point de vue du développement durable mêlant croissance économique, enrichissement, et amélioration de la qualité de vie (mesurée par la qualité de l’air, la santé,…).

On le mesure difficilement aujourd’hui, mais je suis persuadé que l’on touche à un enjeu majeur de la prochaine décennie, enjeu qui dépasse la République Populaire de Chine pour mobiliser partout dans le monde des énergies ayant vocation à rencontrer des partenaires chinois. Nous sommes à une époque charnière, en pleine transition, pleine de contradictions et d’opportunités – donc passionnante.

Pourquoi la France est une terre fertile pour investir en R&D

J’ai été interpellé par un article publié hier par le New York Times, « Au Revoir, Entrepreneurs« , qui raconte une histoire – un peu trop teintée de French Bashing à mon goût – d’un entrepreneur français parti s’installer à Londres car dégoûté des lourdeurs administratives, fiscales et sociales françaises, ainsi que de la morosité hexagonale. J’ai cofondé (au travers la même société, Emerald Vision SA, et avec la même équipe) Verteego il y a 6 ans, et Jolicharts il y a 2 ans. Nous avons investi en moyenne sur les 3 dernières années 83% de notre produit d’exploitation en R&D. Et ce n’est pas près de s’arrêter. Nous avons rapatrié des jobs d’ingénieur R&D de l’Inde vers la France grâce à la combinaison JEI + CIR + CII + présence d’une BPI France plus dynamique que jamais. Pourtant, nous pourrions exercer notre métier depuis partout dans le monde, et nous avons choisi Paris. En grande partie car pour moi, lorsqu’on choisit de ne pas passer trop de temps à s’occuper de ces mécanismes plutôt que de ses clients, la France est un véritable paradis fiscal pour les sociétés intensives en R&D. Discutons-en quelques instants. Pour reprendre l’article du NYT, Oui il est certain Londres est par rapport à Paris une ville plus importante et plus internationale, mieux insérée dans la mondialisation, qui attire plus de talents et d’investissements, mieux reliée au continent américain (pour des raisons linguistiques) comme au continent asiatique (pour des raisons migratoires), et de manière générale qui traite des volumes d’affaires plus importants que la place parisienne, qui pourtant fait plus qu’amende honorable à l’échelle européenne. Même si tout n’y est pas rose (notamment les salaires des développeurs, en raison de la concurrence des banques dont l’IT est l’usine), il est clair que Londres compte de nombreux atouts. Et Oui encore, ça va mal en France: depuis la création de l’euro en 1999, le PIB par tête a augmenté de 0,8% par an en France, contre 1,3% en Allemagne. Notre coût du travail était inférieur à l’Allemagne à l’époque, il lui est maintenant supérieur. Nos volumes à l’export représentaient 60% des volumes allemands, contre moins 40% aujourd’hui. Notre taux de chômage culmine à 11%, contre à peine plus de 5% outre-Rhin. Notre déficit public est de 57% du PIB, le taux le plus important de la zone euro. Et malgré les beaux discours la tendance n’est manifestement pas à la réduction du train de vie – donc des effectifs – des administrations de l’Etat. Quant au ‘choc de simplification’, on attend toujours: allez expliquer à un anglais qu’en France il existe 214 taxes, ou encore à un brésilien que la France compte 36.000 communes alors qu’au Brésil il y a 5.500 communes pour près de 6 fois plus d’habitants. Oui enfin, car c’est viscéral chez lui, le gaulois est critique, morose, râleur, railleur, jamais content, jaloux du succès des autres. Et l’on n’y changera rien. Ou pas rapidement. Donc Londres, pourquoi pas après tout. MAIS (car il y a plusieurs mais), en France, on a, quand on fait de la R&D et de l’export, des outils formidables à disposition du financement de sa croissance. – le statut de Jeune Entreprise Innovante, une sorte de label du Ministère de la Recherche, qui permet de bénéficier de charges sociales amoindries; nous en bénéficions moins significativement qu’avant mais cela nous a bien aidé à traverser les premières années jusqu’à atteindre le point mort en 2011; – le Crédit d’Impôt pour la Recherche, éventuellement combiné dorénavant au Crédit d’Impôt Innovation, qui permet de ‘récupérer’ grosso modo 30% de ses investissements en R&D, avec des délais de collecte tout à fait raisonnables (nous constatons entre 2 mois les bonnes années et 5 mois les années de demandes d’approfondissement, ça reste très correct pour l’administration fiscale). C’est un dispositif extraordinaire d’efficacité et de simplicité (un simple formulaire à remplir chaque année) et qui rend nos investissements exceptionnellement élevés en R&D viables du point de vue de nos actionnaires: ce n’est pas pour rien si Rakuten vient d’annoncer qu’il choisissait la France plutôt que le Luxembourg ou … Londres pour y implanter son centre de R&D; – la loi TEPA, dont nous avons bénéficié lors de nos 3 tours de financement auprès de 40 investisseurs et qui a facilité la défiscalisation partielle de leurs participations à nos augmentations de capital; – BPI France, la fameuse Banque Publique d’Investissement, machine de guerre au service des projets des entreprises devenue aujourd’hui le premier capital-investisseur d’Europe!, qui nous a financé sous la forme d’une subvention une étude de faisabilité technique immédiatement dès notre création, puis avancé à taux zéro une somme considérable au travers l’appel à projet gouvernemental Eco-Industrie pour bâtir le prototype de notre plateforme Verteego ensuite, puis alloué avec le CFI (voir ci-dessous) une enveloppe pour peaufiner la UX de Jolicharts; – le PEA PME, c’est tout nouveau mais l’idée est là. Et à Paris: – le Centre Francilien de l’Innovation (CFI), guichet unique des projets d’innovation, efficace et facilitateur de projets européens; – l’Agence Régionale de Développement Paris Ile-de-France, qui nous file un gros coup de main à l’export (décoration de notre stand au Brésil; mises en relation très qualifiées en Chine,…) – la Région elle-même, avec le dispositif PM’Up, qui comprend contrairement aux idées reçues très bien les contraintes et réalités des PME et prend à sa charge de manière souple et rapide une partie du BFR de vos projets d’accompagnement. Et pour exporter (nous sommes en plein dedans avec l’ouverture à suivre de nos filiales chinoise et brésilienne): – BPI France toujours, qui peut financer la capitalisation de vos filiales; – la COFACE, qui vous assure contre l’échec commercial à l’export! – Ubifrance, véritable prolongation mondialisée de vos efforts de prospection, à des tarifs imbattables; – Vivapolis, si vous travaillez sur le thème de la Ville Durable, la France au travers son Ministère du Commerce Extérieur vous aide même à vendre en meute partout dans le monde votre savoir-faire. Cela fait 30 ans qu’Allemands et Suédois font ça très bien, et comme on sait comment ça fonctionne, ça va produire des résultats très tangibles. Vous comprenez pourquoi je suis choqué de la diatribe du NYT, et de manière générale des entrepreneurs qui dénigrent la scène française. Même si dans le cas de l’entrepreneur de l’article du NYT qui ouvrait des centres dentaires à Marseille, il est certain que ce business low tech ne lui permettait pas de bénéficier du coup de pouce à la française à la technologie, la fameuse combinaison JEI + CIR + BPI France. Comme je l’avais dit aux Echos il y a quelques temps, sans cette combinaison nous serions sans doute ailleurs, mais ces dispositifs existent bel et bien, fonctionnent bien, donc je ne comprends pas comment le NYT parvient à écrire que les entrepreneurs disent au revoir à une France qui se plie en quatre pour augmenter les ressources en R&D de ses jeunes entreprises innovantes. Cela ne correspond pas du tout à la réalité. Chez Verteego et Jolicharts, nous disons mille fois merci aux technocrates à l’origine de ces mesures qui nous permettent aujourd’hui d’avoir une équipe formidable au quotidien, des clients fidèles qui nous emmènent chaque année plus loin dans leur intimité, et des projets de dépassement de nous-mêmes tant en matière de R&D&I que de développement au-delà de nos frontières. La réalité, c’est que ce sont les gros patrimoines qui fuient la France en raison d’une fiscalité trop élevée; et ça c’est bien dommage car cela dissipe à la concurrence du savoir-faire de haut niveau (souvent) et de la capacité d’investir (certainement). Et ça stigmatise encore plus ‘les riches’ alors que les riches sont justement une denrée rare. Et ça crée une pression improductive, force contraire de la fonction de réussir! La réalité, c’est que comme me l’a souvent dit l’un de nos actionnaires de la première heure, Jérémie Berrebi, il est plus facile en France de divorcer que de se séparer d’un salarié. L’Angleterre a fait pas loin de 3% de croissance de PIB au Q4 2013 contre même pas 1% pour la France: la faute à la frilosité des entreprises françaises à réembaucher pour suivre la reprise! C’est effectivement se tirer une balle dans le pied. On le sait. La réalité, c’est que la France ne sait pas progresser par petites touches en raison des nombreux micro-groupes d’intérêts qui abusent de leur fonction économique pour bloquer le pays à la moindre proposition de mesure qui toucherait à leurs intérêts immédiats. La France, peut-être par manque de talent de ses politiques, ne sait faire que dans la révolution, pas dans l’évolution. Bon alors bien sûr, le revers de la médaille est qu’en France plus qu’ailleurs, malheureusement, even dead sausages can fly! Il y a tellement d’aides que certaines sociétés en oublient de se focaliser sur la valeur ajoutée clients et utilisateurs pour chasser les primes et les prix: je les appelle les saucisses mortes mais quand même volantes. But this is another story.

Le débat sur la compétitivité de la France est enfin lancé

Complètement absent de la campagne présidentielle de 2012, ce n’est que depuis quelques jours, avec la sortie médiatique du P-DG de Renault-Nissan Carlos Ghosn sur le sujet et l’arrivée prochaine du rapport de Louis Gallois sur la table du gouvernement, que le terme Compétitivité apparaît sur la place publique.

Mon gourou économique, Robert Reich (en photo ci-contre), qui fut le conseiller de Bill Clinton, a démontré dans L’Economie Mondialisée, un bouquin absolument passionnant, que le rôle d’un Etat efficace doit être d’être obsédé par l’amélioration de la compétitivité de son territoire, c’est-à-dire sa capacité d’attraction et de rétention des entreprises, des emplois, des talents.

J’avais été à l’époque convaincu de cette conclusion, que j’aurais espérée mieux partagée par notre gouvernement.

Mais voyons d’abord quelques chiffres:
– d’après The Economist, sur les 12 dernières années, le coût du travail a augmenté de 28% en France contre 8% en Allemagne;
– d’après Henri Lagarde, capitaine d’industries (Philips, Thomson, Royal Canin) et auteur de l’excellent ouvrage comparatif de 2 PMI françaises et allemandes France-Allemagne, du chômage endémique à la prospérité retrouvée, 1 euro de salaire coûte 1,38 euros avec les charges sociales en France contre 1,17 euros charges sociales incluses en Allemagne;
– dans le même temps, comme le montrent les graphiques ci-dessous, le positionnement industriel allemand fait mieux que résister à l’émergence de nouvelles puissances, et les exportations germaniques continuent à croître alors que les exportations françaises s’étiolent à bon rythme.

J’avais eu une lueur d’espoir tout de même, avec l’extension de l’assiette du Crédit Impôt Recherche ou encore la création d’un PEA dédié aux PME pour commencer à résoudre la source principale des faillites à savoir leur sous-capitalisation chronique.

Mais mes espoirs furent vite douchés:
suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires
rabotage des bénéfices fiscaux liés au statut de Jeune Entreprise Innovante
abandon du projet de restriction du Crédit Impôt Recherche aux seules PME et ETI (et non plus aux grands groupes qui en sont les principaux bénéficiaires)
enterrement du projet de TVA sociale du gouvernement précédent qui aurait facilité les embauches dans des projets capitalistiques
… des couleuvres que j’étais prêt à faire avaler par notre entreprise pour participer à l’effort de guerre, jusqu’au projet de budget 2013 faisant apparaître la très commentée taxation confiscatoire des plus-values sur le capital de 60%, qui a le don d’annihiler toute velléité d’entreprendre pour réussir.

Ma contre-attaque sera double:
– je m’étais auparavant interdit de procéder à un travail de planification fiscale, ayant appris au travers la lecture d’articles de recherche académique très sérieux que les entreprises qui n’en disposaient pas étaient plus performantes sur le long terme. Mais je pense maintenant que pour ma société comme pour moi-même, le jeu en vaudra la chandelle le moment venu;
je me joins de manière inconditionnelle et avec beaucoup de plaisir au très sympathique et dynamique mouvement des pigeons, ces entrepreneurs qui comme Rupert et moi ont choisi la France comme terre d’innovation et de création d’emplois. Le pigeon apprécie beaucoup la France qu’il peuple abondamment. Mais le pigeon sait aussi migrer vers d’autres cieux si cela s’avère une question de survie de l’espèce.

Je dois tout de même avouer être assez heureux que le débat sur la Compétitivité soit lancé: mieux vaut tard que jamais! Je pense que nos Ministres de l’Economie, Pierre Moscovici, et du Travail, Michel Sapin, sont des personnages clairvoyants, qui ne vont pas ignorer les nombreuses réactions que suscitent le projet de loi de finances pour 2013 de François Hollande.

Investir dans l’environnement: faut-il y aller?

J’échange souvent avec des investisseurs, particuliers qui jouent en bourse, professionnels du métier, amateurs de tickets dans des sociétés privées comme le sont les actionnaires de Verteego, autour de la capacité de la thématique environnementale à être une thèse d’investissement pérenne. Ma conviction est que, bien sûr, au même titre que le software dont les fondamentaux (automatiser des tâches répétitives, mettre en relation, faciliter la collaboration, embarquer de l’intelligence métier dans des services) sont immuables, l’environnement est une lame de fond sociétale dont tout portefeuille d’investissements digne de ce nom doit disposer d’une exposition. Comme toute industrie, celle de l’environnement n’est pas exempte de petits défauts de conception. Voici en quelques lignes un résumé des fondamentaux du secteur environnemental.

Oui, il faut s’investir dans le green

Le sous-jacent environnemental est pour moi celui dont les offres de produits comme de services préservent ou augmentent les ressources naturelles (matières premières, empreinte hydrique, empreinte déchets, empreinte carbone, empreinte énergétique, biodiversité,…) dans le plus strict respect de la santé des populations (innocuité des produits / prise en compte de la toxicité tout le long de leur cycle de vie, pollution atmosphérique, air intérieur,…) tout en étant des vecteurs de création de valeur économique pour ses parties prenantes.
C’est en tous cas dans cette philosophie qu’avec nos équipes nous construisons tous les jours un peu plus Verteego et comme ça que nous avons pu conceptualiser notre thématique applicative qui est l’environnement (notre moyen ou technologie étant le logiciel en SaaS).

Le sujet de l’environnement renferme sans aucun doute possible un vivier foisonnant d’innovations transversales technologiques comme dans les usages, où beaucoup de choses restent à faire pour porter la recherche sur le marché. C’est aussi un sujet qui fait l’objet d’une demande soutenue, croissant plus rapidement que la moyenne des marchés, et qui est très largement propice au développement à l’international en raison du développement, qui se voudrait durable, de pays émergents.

Non, pas de green dans mon portefeuille

Pour autant, l’industrie de l’environnement n’est, comme tous les secteurs, pas parfaite.
Quand bien même l’on pourrait penser que les valeurs environnementales sont des valeurs défensives, c’est-à-dire contra-cycliques en raison de la persistance de la nécessité d’éco-concevoir l’activité humaine, ma conviction dorénavant est que les acteurs de l’environnement sont assez dépendants des cycles économiques. L’environnement est en effet un secteur très normatif où la loi, l’application de la loi, et les incitations financières publiques conditionnent la vitesse de maturation d’un marché. Ce qui crée une dépendance à une partie prenante par construction complexe. Or, en cas de mauvaise conjoncture, les pouvoirs publics rabotent les niches fiscales, réduisent les enveloppes de financement, se montrent moins regardants de la conformité et de l’application des sanctions, et avalisent d’autant moins les projets de nouvelles lois environnementales qu’eux aussi sont évalués sur leur capacité à maintenir l’équilibre budgétaire. D’où mon opinion sur le caractère relativement cyclique des sous-jacents environnementaux, tant que les indicateurs de performance économique n’auront pas systématiquement intégré un signal prix pour les ressources naturelles et la santé des populations, qui sont des biens publics.

J’espère avoir contribué à vous forger votre propre avis sur ce sujet. Vous connaissez en tous cas le mien: les enjeux environnementaux sont passionnants et leur potentiel de création de valeur exponentiel. En effet, nous ne pouvons pas nous passer d’un monde plus économe en ressources, plus circulaire aussi, et dans la mesure où la matière fournie par la nature est disponible en quantités finies, il est nécessaire que nous changions nos modèles, et vite.

Développement durable, cash flows et marchés financiers

Les marchés financiers traversent une période mouvementée, sur fond de crise liée à l’endettement grec, d’ombres sur les économies états-uniennes et italiennes, et de crise des fonds propres des banques françaises devant les incertitudes principalement macroéconomiques. Pour faire simple, au cours des 3 derniers mois, leur volatilité a doublé, et leur valeur a perdu 25%.

Or, la volatilité reflète notre visibilité sur la stabilité du monde, et la valeur des marchés l’anticipation des flux de trésorerie de l’ensemble des entreprises cotées. La formule ci-dessus, bien connue, établit que la valeur actuelle nette d’un actif (ici le sous-jacent CAC 40 par exemple), c’est la somme de ses cash flows (CF) futurs actualisés d’un taux i (correspondant au coût moyen pondéré du capital, c’est-à-dire la moyenne pondérée du capital et de la dette des entreprises du CAC 40) sur une perpétuité (c’est-à-dire quand N tend vers l’infini), moins l’investissement initial.

En résumé, plus les cash flows actualisés sont prédictibles de manière certaine sur le long terme, moins grande sera la volatilité. Plus les cash flows actualisés prédits sont importants sur une perpétuité, plus grande sera la valeur.

Si aucune entreprise cotée n’a, pour l’heure et à ma connaissance, pour mission ou ambition de sauver la Planète, toutes les entreprises ont un intérêt bien compris d’un point de vue de la prédictibilité de leurs flux de trésorerie futurs à disposer d’un environnement d’affaires stabilisé, prévisible, équilibré, préservant les écosystèmes, les ressources énergétiques et naturelles, le mojo de ses salariés, et les grands équilibres sociétaux.

L’absence de stratégie active, opposable, systématique de développement durable rend plus difficile, plus opaque, l’évaluation de la valeur d’entreprise, dans la mesure où le doute subsiste quant à la réalité des efforts déployés par le management pour intégrer au coeur des équations économiques les critères environnementaux et sociaux – ce qui met en risque le business et la réputation (traduite par la valeur de ses capitaux immatériels, ou goodwill) de l’entreprise dans le pire des cas à court terme (hausse des prix de l’énergie, tarissement des matières premières, incapacité à répondre aux exigences des clients, saut quantique d’un concurrent…) , dans le pire à moyen terme (scandale sur l’utilisation de substances toxiques par des fournisseurs, catastrophe naturelle, signal prix réglementaire sur les émissions de gaz à effet de serre, guerre des talents,…). Et la valeur de l’entreprise diminue, en corrélation avec la prédictibilité de ses cash flows, au fur et à mesure que l’incertitude sur la volonté de l’entreprise de contribuer à la stabilité de son terrain de jeu s’installe.

Le logiciel au cœur de la politique industrielle du Brésil

Pour des raisons professionnelles, je commençais il y a un an environ à suivre l’actualité du Brésil. Depuis, Verteego et son excellent partenaire brésilien Proactive Consultoria, ont signé un premier et magnifique client en commun, Andrade Gutierrez, le géant de la construction sud-américaine. Il va sans dire que ma curiosité s’est vite transformée en intérêt marqué…

Même si scène est largement occupée par les arrestations de la Présidente Dilma Roussef des officiels pris en flagrant délit de corruption, une mesure récente du gouvernement a retenu toute mon attention.

La fiscalité brésilienne est très lourde, notamment la fiscalité du travail: il en coûte aux entreprises 1,41 reais en moyenne par real de salaire versé. Ce qui a pour conséquence que les industries intensives en capital humain n’embauchaient pas aussi vite qu’elles le pouvaient. Outre le textile, la chaussure, et les meubles, l’industrie du logiciel est considérée comme relevant d’un potentiel fort de recrutement et de développement de talents.

La mesure du gouvernement est la suivante: à partir du 1er octobre 2011, et pendant 18 mois, les entreprises brésiliennes du secteur du logiciel verront leurs charges sociales soulagées de 20%. En échange, elles verseront une taxe annuelle de 2,5% de leur chiffre d’affaires (1,5% pour le textile, la chaussure et les meubles en raison de l’alourdissement de leurs structures de coûts lié aux achats de matières premières).

Si cette mesure à l’issue des 18 mois probatoires est un succès, le gouvernement pourrait bien décider de l’étendre à d’autres secteurs économiques.

Personnellement, je trouve cette idée excellente: elle permet de lever les barrières à l’embauche d’une équipe solide tout de suite, tout en donnant aux entreprises qui doivent prendre le temps d’investir dans leur actif technologique de la souplesse pour bâtir de bons produits & services avant d’aller les vendre. Et ce n’est que dès lors qu’il y a transaction avec un client, et donc valeur ajoutée, que le gouvernement vient récupérer justement sa contribution à la création de cette valeur.

Une telle mesure appliquée en France permettrait aux éditeurs de logiciels de disposer d’équipes complètes (chef de produit, architecte logiciel, développeurs, administrateur base de données, testeurs, documentalistes, support, services professionnels) plus tôt dans leur cycle de maturation, leur permettant d’augmenter plus vite la qualité logicielle, et ainsi d’arriver sur le marché suffisamment armés contre la concurrence de leurs rivaux américains mieux capitalisés et les exigences des très grands comptes internationaux en matière de largesse et profondeur de la couverture fonctionnelle de la solution. S’il s’agissait de consommateurs ou de PME, on sait que les éditeurs qui créent le plus de valeur sur le long terme sont ceux qui développent des plateformes sur lesquelles des applications développées par d’autres éditeurs peuvent venir se clipser. Or, de telles plateformes sont très complexes à concevoir et longues à développer proprement: la mesure brésilienne adaptée à la sauce hexagonale permettrait à de telles entreprises éditrices de plateformes logicielles de pouvoir émerger depuis la Gaulle.

Le Brésil dégage une sérénité entrepreneuriale exceptionnelle qui n’a pas l’air de vouloir s’arrêter en si bon chemin tant le libéralisme économique semble ancré dans la Société: Erik Orsenna, dans son essai sur le coton (« Voyage au Pays du Coton, petit précis de mondialisation ») le qualifiait même de seul pays véritablement libéral qu’il avait visité (et n’incluait pas les Etats-Unis, et certainement pas la Chine, dans cette catégorie). Le Brésil a aussi compris qu’une industrie du logiciel forte était un gage de création d’emplois qualifiés certes, mais aussi de compétitivité et de rayonnement tellement le logiciel transpire par nature dans tous les secteurs industriels dont il est fournisseur. Pourtant, le Brésil ne fait pas encore tout bien: dans le même paquet de réforme de la politique industrielle qui comptait, outre cette mesure selon moi exceptionnellement intelligente de transfert d’impôt du travail vers le volume d’activité pour les éditeurs de logiciels, on pouvait trouver des mesures affreusement protectionnistes telles qu’un quadruplement des effectifs douaniers, ou encore, pire, une préférence domestique pour les marchés publics… On peut néanmoins le comprendre: si ses concurrents sur l’échiquier mondial ne jouent pas le jeu du libre-échange, pourquoi le Brésil devrait-il être le dindon de la farce?