Les routes commerciales : nerfs de la mondialisation, lignes de pouvoir

Les routes commerciales, qu’elles empruntent la terre comme la mer, sont une réalité millénaire.

Les flux qui les empruntent sont en croissance constante. Logique, car le commerce international n’a jamais cessé de s’intensifier. Ainsi, le volume d’échanges de marchandises a été multiplié par plus de 30 entre 1950 et 2020, tandis que la part du commerce mondial dans le PIB global est passée d’environ 2% au début du XXe siècle à plus de 30% aujourd’hui. Les crises, comme la pandémie, n’ont fait qu’engendrer des contractions ponctuelles sans inverser la tendance de fond.

Pour autant, malgré les progrès fulgurants des transports, de la conteneurisation et des technologies satellites pour l’optimisation des tracés d’acheminement, la réalité de la géographie reste immuable. Les mers, les détroits, les fleuves, les montagnes et les distances physiques conditionnent encore, plus qu’on ne l’imagine, les routes, les coûts et les délais. Un message numérique peut traverser le monde en quelques millisecondes, mais un conteneur, un baril ou un chargement de céréales reste soumis à la gravité, à la météo, à la topographie et aux règles de ceux qui contrôlent les passages.

Le détroit de Malacca, par exemple, est un passage historique essentiel entre l’océan Indien et l’Asie orientale, emprunté depuis des siècles par les navires transportant épices, soie, métaux précieux et biens de luxe. Ce fut aussi un lieu de piraterie, de rivalités locales et de contrôle stratégique, où la maîtrise du passage signifiait marge commerciale et influence politique.
Aujourd’hui, Malacca reste un goulet d’étranglement majeur : y transitent plus du quart du commerce maritime mondial et près de la moitié du pétrole transporté par voie maritime. Ce détroit nous rappelle que la géographie ne se dématérialise pas. Même dans un monde numérique, le passage des produits tangibles reste un enjeu de contrôle, de sécurité et de rente.

C’est précisément sur le contrôle des passages que nous nous penchons aujourd’hui.

Les passages stratégiques : Malacca, Ormuz, Suez, Panama et le Rhin

L’actualité de la guerre dans le Golfe Persique nous rappelle que le détroit d’Ormuz s’inscrit dans la même logique : un passage réduit, mais indispensable, où transite environ le cinquième du pétrole transporté par voie maritime. À chaque tension, les prix réagissent, les approvisionnements se crispent, et les conséquences sur le prix à la pompe touchent les pays les plus vulnérables. Dans ce type d’économies, une hausse brutale aux pompes alimente l’inflation, fragilise le pouvoir d’achat et peut fragiliser la paix sociale et donc l’équilibre politique.

Le canal de Suez joue un rôle similaire. Il concentre une part colossale des échanges entre l’Europe et l’Asie, et toute perturbation, accidentelle ou politique, se traduit par des détours, des surcoûts et des réorganisations de chaînes d’approvisionnement. Ainsi, le Président égyptien Nasser avait compris avant tout le monde qu’en matière d’énergie, celui qui contrôle la route prend de l’importance tant aux yeux des producteurs qu’à ceux des marchés consommateurs – ce qui avait conduit à crise de Suez liée à la nationalisation du canal en 1956, canal qui auparavant était co-détenu par des intérêts français et britanniques.

Le détroit de Malacca ajoute une dimension supplémentaire, en raison de sa position au carrefour de grandes puissances : congestion, risques de piraterie et enjeux géopolitiques entre la Chine, l’Inde, les États‑Unis et certains pays riverains, font de la région l’un des nœuds les plus sensibles de la mondialisation maritime.

Le canal de Panama est quant à lui exposé aux conséquences des dérèglements climatiques. En 2023–2024, la baisse des niveaux d’eau a forcé la réduction des transits et du poids des cargaisons, perturbant les flux entre l’Atlantique et le Pacifique. Le canal dépend de l’eau douce pour ses écluses, et les sécheresses répétées menacent son statut de passage de choix, d’autant plus que les États‑Unis, qui ont longtemps contrôlé le canal, scrutent avec une attention renouvelée cette infrastructure stratégique.

Le Rhin, en Europe, montre que la même logique vaut à l’intérieur des continents. A l’été 2022, des niveaux d’eau très bas ont obligé les péniches à naviguer à moitié chargées, renchérissant les coûts et mettant en évidence la fragilité d’un corridor fluvial vital pour l’industrie allemande et européenne. Là encore, la sécheresse devient un facteur de sécurisation économique : l’eau n’est plus seulement une question environnementale, mais un enjeu de souveraineté logistique.

Canal Istanbul : pharaonique projet de “doublement” du Bosphore

Le Bosphore, lui, illustre un autre type de réaction : celle de la redéfinition des passages stratégiques. Le projet de Canal Istanbul, porté par le pouvoir turc, entend construire un canal artificiel parallèle au détroit, destiné à désengorger le trafic maritime et à capter des recettes de transit supplémentaires. À l’image d’un canal de secours, visant à doubler un détroit du Bosphore étroit où les accidents de navires présenteraient, d’après le pouvoir turc, des risques pour les populations qui vivent le long des berges d’Istanbul, ce dispositif pharaonique, qui doit relier la mer Noire à la mer de Marmara, s’inscrit dans une logique de maîtrise nationalisée des passages maritimes, au risque de fragiliser durablement les équilibres environnementaux et de creuser la méfiance des pays riverains.

Le projet ne suscite de consensus ni à l’échelle domestique (la municipalité d’Istanbul étant aux mains de l’opposition), ni à l’international : la Russie et l’Union Européenne doutent de la légitimité juridique et de la sécurité d’un tel canal, alors que le Traité de Montreux encadre déjà la navigation dans le détroit de Bosphore et, de fait, la présence navale dans la mer Noire. Ce que ce projet révèle surtout, c’est une volonté turque de reprendre la main sur un passage critique pour gagner en influence politique et économique sur la route entre l’Asie, l’Europe et la mer Noire.

Les Nouvelles Routes de la Soie contre Stratégie Indo-Pacifique : un réseau mondial de corridors qui cristalise la rivalité Chine – Inde

Sur la terre ferme, la Chine construit un réseau global d’infrastructures sous l’initiative des Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative). Aujourd’hui, 155 pays sont membres de ce dispositif, couvrant la quasi‑totalité des pays d’Asie (sauf l’Inde, le Japon, Israël et le Bhoutan), la majeure partie de l’Afrique, ainsi que de nombreux États d’Europe, d’Amérique latine et d’Océanie. Parmi les États engagés, on retrouve des puissances importantes comme le Vietnam, l’Indonésie, le Pakistan, le Kazakhstan, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Brésil ou encore la Grèce, qui illustrent la capacité de ce projet à relier les grandes zones de production, de consommation et de transit.

Derrière ce tissu d’alliances visant en apparence à « raccourcir » la géographie, se cache une logique unifiée : la Chine cherche à sécuriser des corridors fixés par ses propres choix, à réduire sa vulnérabilité extérieure et à exporter sa capacité de financement, de construction et de standardisation. La Chine obtient en échange l’accès à de nouveaux marchés, la possibilité de détourner des flux commerciaux et une influence politique indirecte sur les États dépendants de ses infrastructures et de ses financements.

En face, l’Inde, avec le soutien de la France, des États‑Unis, de l’Union Européenne, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l’Allemagne, de l’Italie et d’autres pays, développe le corridor IMEC (India‑Middle East Economic Corridor), porté politiquement par le duo Modi‑Macron et coordonné pour la France notamment par Gérard Mestrallet, ancien P-DG d’Engie, et envoyé spécial du Président de la République auprès des partenaires du projet. Ce projet entend offrir une alternative aux corridors chinois, en reliant l’Inde au Golfe puis à l’Europe par un ensemble de voies ferroviaires, portuaires, énergétiques et numériques.

L’Inde, soutenue par les États‑Unis, le Japon, l’Australie, le Royaume‑Uni, la France, et d’autres alliés, pousse également une stratégie indo‑pacifique qui vise à sécuriser les détroits, les débouchés maritimes et les corridors de passage entre l’Asie, l’océan Indien et l’Océanie. D’une certaine manière, l’IMEC prolonge la stratégie indo-pacifique par une infrastructure multi-modale.

Personnellement, je vois dans la question des Nouvelles Routes de la Soie vs. le Corridor IMEC la manifestation d’un découplages idéologiques des civilisations, l’avatar d’un schisme tectonique profond, l’initialisation d’une sorte de guerre froide 2.0. Après tout, pour paraphraser la formule de Clausewitz, l’économie est la continuation de la guerre et de la politique par d’autres moyens.

Les faveurs convoitées et les cartes des alliances

Dans ce jeu, les marchandises circulent, mais aussi des faveurs politiques, économiques et normatives. La Chine cherche à transformer ses investissements en avantage stratégique durable : elle veut des routes sécurisées pour ses exportations et ses importations, des États économiquement dépendants, et une liberté de manœuvre accrue dans les enceintes internationales. Les alliés de la Chine sont des pays en quête de financements, d’investissements dans les infrastructures, de marchés pour leurs marchandises, souvent au prix d’un alignement plus ou moins tacite sur sa vision géopolitique, ou a minima d’une forme de complaisance tacite sur les sujets qui fâchent – notamment les quatre territoires les plus sensibles aux yeux de Pékin : le Tibet, le Xinjiang, Taiwan et Hong Kong.

À l’opposé, le G7, l’Inde, certains États du Golfe, ainsi qu’une partie de l’Asie et de l’Europe construisent un espace de coopération qui cherche à limiter la dépendance à la Chine, tout en s’appropriant une part de la rente de passage. Leurs objectifs sont clairs : sécuriser les détroits et les canaux, contrôler ou influencer les principaux corridors de transit, s’assurer la loyauté de pays clés du Golfe, de l’Asie et de l’Afrique, et, surtout, préserver une marge de manœuvre politique et économique dans un monde de plus en plus compartimenté.

***

Je conclus en rappelant l’évidence : maîtriser la géographie des routes, c’est aussi lire la géopolitique des alliances, et actuellement, celles-ci en disent long sur la recomposition en cours de l’ordre mondial. Les logiques de blocs, que l’on croyait révolues depuis la chute du mur de Berlin, sont revenues sous des formes nouvelles : si tout le monde a en tête la guerre que se livrent les grandes puissances sur la course à la technologie en général et à l’intelligence artificielle en particulier, les routes commerciales, qui associent les destins des pays qu’elle traverse, en sont indubitablement l’une d’elles.

Gestion intégrée de la ressource en eau : clé de la résilience des territoires au XXIème siècle

J’ai la chance de diriger depuis trois années et demie la société Blue Water Intelligence, ou BWI, qui conçoit, développe et commercialise un service de prévision du comportement des rivières reposant sur une technologie propriétaire d’intelligence artificielle, et qui opère sur quatre continents. Ma position peut être résumée à celle d’être un observatoire unique des crises hydriques qui jalonnent les bassins versants de la Planète. Mon cheminement, bassin après bassin, m’a conduit à une conviction simple et structurante dans la vision que je porte auprès de nos clients : les tensions autour de la ressource en eau en saison d’étiage, loin d’être la cause première de nos crises, en sont le révélateur. À l’âge de l’accélération climatique, ces tensions sont la conséquence d’un triple mouvement – démographique, économique et agricole – qui repose tout entier sur une ressource, l’eau douce, que l’on a longtemps cru infinie, et qui s’avère finalement ne pas l’être, ou qui ne l’est plus.

Là où la population croît le plus vite, la ressource en eau est la plus aléatoire

Le paradoxe est cruel : les régions où la population augmente le plus vite – en particulier en Asie du Sud et en Afrique – sont aussi celles où la disponibilité de la ressource en eau est la moins prévisible. Les mégalopoles s’étendent, les villes secondaires explosent, les besoins primaires (boire, se laver, se déplacer, produire) se concentrent dans des bassins versants déjà fragilisés par la variabilité climatique.

Dans ces territoires, la saison sèche n’est plus le simple point bas d’un cycle, mais un moment de vérité. Le débit des rivières qui chute n’est pas seulement un problème environnemental pour la continuité des écosystèmes : c’est aussi un quadruple test de cohésion sociale, de solidité institutionnelle, de qualité de la gouvernance et de capacité d’anticipation. Que des millions de personnes supplémentaires dépendent demain des mêmes incertitudes hydro‑météorologiques esquisse le risque que la moindre rupture d’approvisionnement se transforme en crise sociale et politique majeure au niveau local.

Plus de bouches à nourrir, plus d’énergie à produire

Un choc démographique ne se traduit pas uniquement par des besoins en eau potable. Il tire derrière lui toute une économie de la consommation : biens de première nécessité, biens de consommation durables ou non, services (santé, logistique, numérique, etc.). Or, toutes les chaînes de valeur sont, d’une manière ou d’une autre, dépendantes de la disponibilité de la ressource hydrique – parfois sur d’autres points du globe.

L’agriculture reste, de loin, le premier utilisateur d’eau : à l’échelle mondiale, elle représente près de 70% des prélèvements en eau douce. Pour nourrir des populations toujours plus nombreuses et plus urbaines, il faut augmenter les rendements, sécuriser les récoltes, soutenir l’essor d’industries agroalimentaires qui, elles aussi, consomment l’eau et la polluent. Dans le même temps, la demande énergétique grimpe : les centrales thermiques et nucléaires ont besoin d’eau pour le refroidissement, l’extraction et le raffinage d’hydrocarbures mobilisent des volumes d’eau considérables, et la production d’énergie hydraulique dépend directement des débits disponibles.

C’est ici que la tension se révèle être systémique : chaque décision prise dans le secteur alimentaire ou énergétique se répercute dans le bilan hydrique, souvent sans que cette interdépendance soit pleinement intégrée. Autrement dit, chaque point de croissance et chaque infrastructure supplémentaire s’accompagnent d’un « budget en eau » implicite que nous ne comptabilisons pas encore vraiment. La crise ne vient pas d’un « conflit de l’eau » isolé, mais d’un modèle de développement qui considère encore l’eau comme un simple intrant, et non comme la variable structurante de l’ensemble.

L’irrigation, ombre portée de la démographie

Face au caractère de plus en plus erratique de la pluviométrie, conséquence du dérèglement climatique, la réponse spontanée devant la nécessité de nourrir plus de bouches est toujours la même : « il faut irriguer davantage ». Pour stabiliser les rendements, amortir les chocs climatiques et sécuriser les revenus des agriculteurs, les États, souvent pressés par l’urgence budgétaire, par les risques des importations sur leurs balances commerciales, et aussi par des enjeux de souveraineté alimentaire, encouragent l’extension des périmètres irrigués, qu’il s’agisse de développer de grandes infrastructures (ex. développements d’ouvrages hydrauliques de type canalisations, destinées au soutien de l’expansion des terres irrigables) ou d’autoriser les forages privés à usages de prélèvements agricoles dans les aquifères. Avec cette saisonnalité qui expose l’agriculture plus que tout autre usage de la ressource en eau : par définition, l’irrigation se concentre en saison sèche, précisément quand les précipitations sont les moins probables et quand il y a le moins d’eau dans les rivières et dans les nappes.

Chaque hectare irrigué supplémentaire est une dette prise sur le futur débit d’une rivière ou sur le volume d’eau disponible dans une nappe phréatique. L’eau prélevée pour les cultures en amont fera défaut en aval, en saison d’étiage, pour les villes, pour la biodiversité et pour la production d’énergie.

Dans les bassins transfrontaliers, cette dynamique nourrit un ressentiment diffus : certains voient la baisse du débit comme un signe d’accaparement par le voisin, alors qu’elle résulte souvent d’un empilement de décisions non coordonnées à l’échelle du bassin.
Là encore, le conflit visible – une dispute autour d’un barrage, d’un canal, d’un quota – n’est que la manifestation tardive d’une trajectoire non maîtrisée. La question n’est plus de savoir si l’on irrigue trop ou pas assez, mais si l’on irrigue en tenant compte de la réalité, présente et future, de la ressource.

Gouvernance de l’eau, clef de voûte de la résilience

Poser l’eau comme ressource la plus stratégique du XXIᵉ siècle n’est pas un slogan ; c’est une lecture lucide de cette triple pression. Démographie, alimentation, énergie : trois dynamiques légitimes, porteuses de progrès, mais qui convergent toutes vers un même goulot d’étranglement.

Pour en sortir, il ne suffit plus, et il ne suffira pas, de mieux partager une pénurie croissante. Il faut replacer l’eau douce au centre des arbitrages, au niveau des bassins versants, avec une vision intégrée de la gestion de la ressource en eau qui dépasse les frontières administratives – car l’eau les ignore – et les silos sectoriels – car l’eau appartient à tous. Concrètement, au niveau d’un grand bassin, cela signifie des autorités capables d’arbitrer entre villes, agriculture, énergie et écosystèmes suivant des scénarios de disponibilité de la ressource hydrique robustes, et non au fil des crises.

Cela suppose deux révolutions silencieuses : une gouvernance de l’eau qui assume son rôle de régulateur de long terme, et une digitalisation fine des bassins versants qui permette de transformer l’incertitude en risque pilotable. Cette digitalisation, ce sont des bassins où l’on peut simuler des prévisions hydrologiques et ainsi discuter suffisamment à l’avance ce que l’étiage va signifier, à quelques jours ou semaines d’avance, pour chaque usage critique : eau potable, irrigation, énergie, écosystèmes. De ce besoin évident de numériser les bassins versants combiné au constat de carence de l’offre existante a d’ailleurs jailli l’idée des services innovants de prévisions hydrologiques portés par la société que je dirige, BWI.

Subir ou agir

Aujourd’hui, beaucoup de bassins perçoivent l’étiage comme une fatalité, une sorte de « saison des crises » qu’elles se croient condamnées à revivre chaque année. Demain, les bassins qui bâtiront réellement leur résilience seront ceux qui auront traité l’eau comme une infrastructure stratégique au même titre que l’énergie ou que le numérique, en articulant démographie, usage des sols, systèmes alimentaires et matrices énergétiques autour de budgets hydriques réalistes.

Les tensions en saison sèche ne sont ni une surprise ni une malédiction, mais le résultat d’un système qui sous‑estime la centralité de l’eau dans la stabilité sociale et économique. Faire de la ressource hydrique l’une des clés de voûte des politiques publiques et des investissements, c’est la condition pour améliorer la résilience de nos territoires – non pas contre l’étiage lui‑même, mais contre l’anarchie, le pandémonium qu’il engendrera si nous refusons d’en regarder les causes profondes.

La vraie frontière, demain, n’opposera pas les pays secs aux pays humides, mais ceux qui pilotent l’eau douce comme un actif stratégique de long terme, et ceux qui continueront de la subir, saison après saison, sans gouvernance intégrée de la ressource en eau, et sans digitalisation de leurs bassins versants.

La nouvelle économie de la rareté

Anvers

Le passage d’une économie de l’abondance à une économie de la rareté dans le monde post-pandémie Covid nous rappelle, n’en déplaise aux séditieux de tous bords, que nous ne vivons pas dans l’économie globale financiarisée que dénoncent les démagogues, mais bien dans un monde où les mouvements de choses et de personnes constituent le moteur de la performance économique des entreprises.

Nous évoluons déjà dans une économie de la rareté sur au moins 3 aspects :
– un déficit de flux ;
– un déficit de biens ;
– un déficit de talents.

Ces trois difficultés à s’approvisionner, combinées à un déficit d’offre, face à une demande augmentée de l’épargne dormante des consommateurs dopée par plusieurs mois de confinement, engendre une pression inflationniste mondiale qui, partout, perturbe les entreprises industrielles. J’en suis le témoin chez Welcomr, où, par exemple, 100% de nos fournisseurs de mécatronique nous ont annoncé cet été, avec quelques semaines de préavis, des hausses de prix allant de 3% à 10%.

Mais d’où vient ce triple déficit ?

***

Le déficit de flux est une conséquence directe de la propagation du virus Covid.
Le confinement de la majorité des économies mondiales pour des durées indéterminées en 2020 a engendré la mise à l’arrêt de nombreux navires par les armateurs.
Cependant, leur remise à flot plus rapide que prévue n’a pas pu être immédiate, tous les navires nécessitant des maintenances et des réparations qui – par définition – ne peuvent avoir toutes lieu en même temps et au même endroit. Par ailleurs, ces mêmes incertitudes ont conduit ces armateurs à remettre en question les calendriers de livraison de nouveaux navires.
D’autre part, le virus Covid lui-même ralentit certaines opérations en mer : prenons l’exemple du Port d’Anvers qui est le second port européen derrière celui de Rotterdam. Le Port d’Anvers se situe dans l’hinterland, c’est-à-dire que contrairement à celui de Marseille ou du Havre, il n’est pas directement sur la mer mais nécessite que les navires empruntent des chemins navigables, parfois étroits, pour jusqu’aux quais dotés des équipements nécessaires à la rupture de charge. Donc, comme ces voies sont étroites, elles nécessitent un certain tour de main, une expertise qui historiquement a justifié la constitution par la capitainerie du Port d’Anvers d’une brigade de commandants à résidence, c’est-à-dire salariée de l’autorité portuaire, commandants qui sont dépêchés par vedette sur les supertankers, les porte-conteneurs, les vraquiers et autres minéraliers dans le but de réaliser, en lieu et place du commandant de bord titulaire du navire, les manoeuvres de circulation nécessaires jusqu’à l’arrimage. Imaginez donc qu’en cas de contamination au Covid de l’un des capitaines du Port d’Anvers, c’est toute la brigade qui est « cas contact », et donc le Port d’Anvers tout entier qui se retrouve paralysé. Avec les conséquences que l’on imagine sur la file d’attente des cargos à l’entrée du Port, et les retards de livraison en cascade qui en résultent. Avec une marine marchande qui compense doublement le manque à gagner sur les prix d’affrètement des conteneurs : celui des bateaux retardés par ce genre de perturbations, et aussi celui lié aux cargos cloués au sol par les problèmes de remise en état et les retards de livraison des nouveaux navires afférents.
A cette crise capacitaire du transport maritime s’ajoute des perturbations dans le fret aérien. Vous savez comme moi que chaque avion dédié au transport de voyageurs comprend un compartiment dédié aux colis et au courrier. Or, le transport de voyageurs étant loin de ses niveaux de 2019, et les avions cargo opérationnels étant déjà tous mobilisés, la demande en affrètements par voie aérienne – en partie comme une voie de repli aux difficultés du transport maritime – dépasse largement la demande, ce qui n’aide pas !

Le déficit de biens est quant à lui une conséquence indirecte de la crise sanitaire. Chose rarissime dans l’histoire économique, la plupart des entreprises, partout dans le monde, ont pris, exactement au même moment, la décision d’augmenter leurs niveaux de stocks de sécurité. En conséquence de quoi, la loi de l’offre et de la demande a naturellement engendré une hausse des prix. Sauf qu’à niveaux de production constants (car déployer des machines-outils et des techniciens pour les opérer dans de nouveaux locaux d’activité ne se fait pas en un jour), la hausse des prix est entretenue par des pénuries qui touchent tour à tour toutes les catégories d’achat. L’ambiance pénurique est accélérée par la décision de la Chine d’augmenter les stocks stratégiques des entreprises dont l’Etat est actionnaire à deux années – ainsi que l’avait révélé le Nikkei Asian Review pour la firme Huawei par exemple fin mai 2020 qui s’est constituée des stocks de puces américaines pour deux ans.
Ensuite, en ce qui concerne la crise des semi-conducteurs et des puces, la crise sanitaire a engendré plusieurs accélérations dont celle de la diffusion des usages numériques, qui a pour conséquence directe l’augmentation du taux d’équipement des ménages et des entreprises en objets informatiques (ordinateurs, tablettes, smartphones, et autres objets connectés). Or, augmenter la capacité de production de tels composants nécessite une certaine ambition commerciale, prend du temps et nécessite des investissements que des entreprises embourbées dans de complexes opérations de remise en état de bon fonctionnement des lignes et des cadences de production n’étaient pas encore en mesure de réaliser.
Enfin, la pression inflationniste sur les flux physiques, que nous avons expliquée précédemment, rend le transport de certains matériaux pondéreux, tels que le bois ou le carton, peu rentable comparativement à d’autres biens à plus forte valeur ajoutée favorisés par les transporteurs, ce qui entraîne une pénurie dans l’approvisionnement de pondéreux facile à expliquer mais difficile à résorber.

Le déficit de talents sera quant à lui le serpent de mer du XXIème siècle. Il était lancinant avant que n’existe la crise Covid, en particulier dans les profils techniques (ingénieurs, techniciens), scientifiques (et pas seulement dans la santé) et commerciaux, mais il est exacerbé par l’apparition du télétravail. Pourquoi ? Tout simplement car le télétravail permet aux entreprises les plus puissantes d’aller chercher des talents dans les contrées les plus reculées, et donc d’instaurer une concurrence nouvelle aux employeurs nichés dans des bassins d’emploi autrefois protégés par leur distance aux métropoles ou par leur enclavement. Le télétravail nécessite une organisation par processus documentés qui favorise les entreprises qui disposent d’un middle-management. Le télétravail est donc mécaniquement plus néfaste aux PME-PMI et aux ETI, où les relations informelles contribuent à la qualité, dont les effectifs affectés aux fonctions non productives sont mathématiquement plus ténus que dans les grands groupes qui sont organisés autour d’un management intermédiaire.
Deux tendances me donnent toutefois de quoi entretenir un certain optimisme : primo, l’émergence de l’intelligence artificielle pour rendre les talents qui sauront l’utiliser à bon escient plus productifs ; deuzio, le formidable coup de boost au e-Learning qu’a donné la Covid à nos pratiques. L’offre existait depuis deux décennies mais avait du mal à percer. La Covid a ancré les usages du e-Learning dans nos quotidiens, semble-t-il définitivement. Sur Internet, on trouve de quoi se former à tout, y compris gratuitement. C’est une chance inouïe et inédite, y compris pour redonner à l’ascenseur social une réalité et enterrer définitivement l’expression de fracture numérique.

***

En conclusion, soulignons que le lecteur attentif n’aura pas manqué de relever que dans le titre de ce blog post, « l’économie de la rareté », il y a un jeu de mots : nous entrons dans un cycle économique semé de difficultés de sourcing de composants comme de talents, nous les avons largement commentés, mais nous avons également l’opportunité de faire l’économie de cette rareté.
Par faire l’économie de cette rareté, nous entendons qu’il est possible de minimiser le coût de cette rareté. Comment cela ? En accélérant notre transition environnementale et sociale. Cela suppose un plan dont l’exécution comprend a minima ces trois actions :
– des re-conceptions de produits en évitant les terres rares, les métaux critiques et les matériaux trop exposés aux variations des prix des matières premières tels que le sont les polymères,
– des chaînes logistiques redondées où le train (ex. les nouvelles routes de la Soie) peut prendre le relai du bateau et réciproquement, ou, quand cela est possible, des circuits plus courts voire locaux , et où des composants peuvent être substitués à d’autres en cas de nécessité,
– et enfin, une implication accrue des décideurs en entreprise dans les relations avec les organismes de formation de proximité avec leurs centres de production (bureaux, agences, usines, entrepôts,…). En effet, les relations avec le monde académique sont devenues plus stratégiques que jamais à l’aune des difficultés généralisées de recrutement à l’échelle mondiale et du développement du télétravail.

Covid-19 : ce qui ne tue pas rend-il plus fort ?

Un grand merci à Lucrezia Carnelos pour la photo d'illustration ; retrouvez son travail ici : https://unsplash.com/@ciabattespugnose

Quelle claque elle nous met cette pandémie ! Pour les familles des défunts, c’est d’une tristesse… C’est soudain, inexplicable, imparable. Il est dangereux de les accompagner dans leurs derniers souffles, interdit de se rassembler pour les pleurer. Pour eux et pour les autres : vivons-nous l’avatar post-moderne de ce qu’était une guerre totale contre un ennemi invisible, avec son champs de bataille, ses morts et ses infirmeries ? LE moment de vie que l’on racontera à nos petits-enfants lorsqu’ils nous demanderont si nous y étions ? Personnellement, je m’attendais et me préparais à vivre un jour le 11 septembre du cyber-terrorisme, ou encore la naissance d’une Guerre Froide entre les complexes militaro-industriels chinois et états-unien, ou enfin un clash des civilisations musulmanes vs. judéo-chrétiennes suivant les brillantes prédications de Samuel Huntington. Mais non. Ce sera beaucoup plus romantique. Le coronavirus, dont je pensais il y a une semaine encore qu’il n’était qu’une éphémère émanation darwinienne, se révèle menacer toute l’espèce humaine. Ses contaminés se comptent en millions, ses morts par dizaines de milliers.

Nous sommes face à un objet biologique non identifié, qui défie tous les systèmes immunitaires, qui nous rappelle l’extrême vulnérabilité du corps humain. C’est comme si la Planète avait eu besoin de s’auto-réguler en forçant l’arrêt de la machinerie humaine, pour que le carburant s’arrête un peu de brûler, que les avions cessent de voler, que les eaux de Venise redeviennent claires au point d’attirer à nouveau le poisson – après tout ce temps. C’est comme si l’inventeur du jeu vidéo des dix dernières années nous disait : « Je vous ai envoyé l’Etat Islamique, les missiles nord coréens, le nucléaire en Iran, le Rana Plaza, le protectionnisme, les populistes un peu partout, les néo-nazis, la dette grecque, les migrants, le Brexit, mais malgré cela vous n’avez pas su saborder votre croissance qui aurait porté de manière imminente d’irrémédiables dommages à vos écosystèmes. Voici donc le Bowser, le big boss, le cygne noir du jeu vidéo de la dernière décennie : le virus tueur Covid-19. Il se prend à votre propre jeu de la mondialisation : il se transmet par échange humain. Il aura votre scalp et la peau vos économies. Bonne chance. »
Une version « Stratégie Océan Rouge » de « The World is Flat ». Un cauchemar, en tous cas pour ceux qui, comme moi, mes parents, mes enfants, n’ont pas connu la guerre.

Alors, ce qui ne tue pas rend-il plus fort ? Pré-Coronavirus, je préférais à cette maxime de Friedrich Nietzsche du tome l’Ecole de Guerre de la Vie (tiens tiens…) du chef d’oeuvre Le Crépuscule des Idoles (tiens tiens…), l’archi-connue ‘Expérience is the name everyone gives to their mistakes‘ d’Oscar Wilde. Mais quelle fut notre erreur ? A-ton fauté ? Pêché d’hubris au point qu’il fallu nous punir pour nous rappeler à la fragilité de notre condition humaine ? Vanité divine ? La chose m’intéresse : qui pouvait dire qu’il avait vu la balle venir ? Qui s’était préparé même un tout petit peu au tsunami COVID-19 ? La pensée occidentale permet-elle même d’anticiper un tel événement ? Plein de questions, pas de réponse. Comme en football, à la fin c’est l’allemand qui gagne.
Regardons donc plutôt, pour ceux qui subsistent, si nous sommes plus forts. Sur deux plans. Un premier social, un second économique. Même si, cela va de soi, les deux s’entremêlent.

Sur le plan social, la crise sanitaire actuelle nous rendra sans doute plus forts. Les fonctions vitales au fonctionnement de notre Société sont finalement celles qui ont l’autorisation de circuler physiquement : les professionnels de santé (infirmières, médecins,…) et de salubrité publique (ramassage des poubelles, traitement des déchets), les enseignants, les pompiers, les agriculteurs, les salariés des industries agro-alimentaires et de la chaîne du froid, du traitement et de la distribution d’eau potable, les commerçants de biens de première nécessité, les transporteurs du bout du monde comme du dernier kilomètre, les techniciens de l’urgence (plomberie, électricité, chaufferie-ventilation-climatisation…), les ouvriers du bâtiment car il faut plus que jamais se loger, les militaires et les douaniers pour fermer les frontières, la police pour faire respecter l’ordre, les journalistes, les banquiers, les scientifiques bien sûr, j’en oublie plein. Les autres, et bien, on a beau créer des emplois, la vie nous montre que nous sommes une caste inférieure dans la pyramide de Maslow inversée, qui se veut extraire la substantifique moelle de l’intérêt général. Ce n’est pas un jugement de valeur mais un constat. Oui, ce constat fait voler en éclats notre orgueil, ce constat nous remémore la nécessité de l’enthousiasme, de la passion, de l’ambition dans l’exercice de nos métiers qui occupent les journées de notre seule et unique vie, mais, plus important, ce constat influencera l’ensemble des réformes sociales qui seront pratiquées partout dans le monde pendant des décennies. La pénibilité n’est plus chez les conducteurs de locomotives, mais chez ceux que l’on n’entend jamais : les brancardiers. Et si à l’incapacité des bénéficiaires de privilèges à céder à l’évidence succédait un élan de solidarité réformateur ?

Sur le plan économique, nous sortirons affaiblis de la pandémie à court et moyen terme.
A court terme, sauf à sortir du confinement sous quinzaine, je ne vois pas comment la précarité ne gagnerait pas ceux qui vivent le plus chichement : les chauffeurs de taxi, le personnel d’entretien de l’immobilier tertiaire (bureaux, administrations), les gérants de cafés, les professionnels du tourisme, les organisateurs d’événements, les intermittents du spectacle,.. La liste serait trop longue. L’Etat va logiquement s’endetter pour soutenir les plus démunis. C’est son rôle. Mais aussi pour subvenir aux besoins de trésorerie de 99,9% des entreprises. Ce qui donnera naissance à un cycle long de pressions fiscales haussières, difficilement soutenable dans notre pays ; autre solution : changer radicalement de modèle, avec le risque immense de créer un boulevard aux extrémités politiques. Compliqué.
A moyen terme, petit calcul pour la France : l’économie française s’est arrêtée grosso modo le 15 mars 2020. Mettons que la période de confinement dure… 4 mois (et je suis généreux : elle fut de 3 mois dans la province de Hubei en Chine qui compte pas loin de 60 millions d’habitants, dont le système politique qui a mille défauts mais l’immense avantage de garantir un respect autrement plus orthodoxe des consignes). Cela nous mène au 15 juillet. Arrive août donc vacances. Puis la rentrée. L’économie repart – doucement car dans quel état sera-t-elle ? – le 15 septembre. C’est une demi-année de perdue, à un optimiste 40% d’activité, soit un PIB 2020 en baisse de 30% sur 2020. Allez, va pour une récession de 20% à 25% grâce aux effets d’aubaine en fin d’année. Un sacré coup d’accordéon qui nous demandera trois, quatre années de rattrapage. Et dire qu’il y a quarante-huit heures, malgré la formidable alerte de la main invisible des marchés financiers, je croyais encore ce que je lisais dans la Presse, à savoir que les prévisions de croissance pour 2020 passaient de 2% de croissance à 1% de croissance…
A long terme en revanche, trois bénéfices incommensurables :
– la notion de risque sera pour longtemps mieux appréhendée par l’ensemble de la population. Le risque, ce n’est autre chose qu’un rapport entre volatilité et rendement. Les amateurs d’investissements comprendront mieux pourquoi 3% de rendement annuel dans la pierre sont moins risqués que 8% dans un indice boursier, ou que 15% dans une société non cotée. Pourquoi un locataire AAA négocie plus son loyer qu’un autre. Pourquoi il est logique que les fonctionnaires, qui bénéficient de la sécurité de l’emploi, gagnent mécaniquement moins que dans le privé, où il est possible de perdre sa place. Ou encore que les salariés qui bénéficient de la protection sociale s’enrichissent potentiellement moins que les mandataires sociaux qui ne touchent pas le chômage en cas de difficulté ;
White is the New Black! des métiers relativement désaffectés aujourd’hui (les dorénavant usual suspects : professions médicales, sciences, pompiers, techniciens du bâtiment, agri-business, ville durable, services à la personne, enseignants,… etc.) gagneront durablement en prestige, en notoriété, et donc en attractivité ;
– les entreprises travailleront sur leurs chaînes d’approvisionnement pour les rendre moins dépendantes, plus résilientes, et sur leurs organisations pour en augmenter la flexibilité et l’adaptabilité. Au mythe de l’entreprise agile succèdera celui de l’entreprise maligne.

Pour quand une version mutante du virus fera surface ?

Pourquoi j’ai rejoint Welcomr

Après plus de dix ans d’une aventure entrepreneuriale et humaine extraordinaire avec Verteego, et environ neuf mois de gestation de ma future destination professionnelle qui s’annonçait être celle de la création, je me suis associé fin février de cette année à Alexis Gollain, fondateur de l’entreprise Welcomr. Basée à Tours, où elle est née il y a cinq ans, Welcomr est une proptech, c’est-à-dire une startup technologique s’adressant à l’industrie de l’immobilier. Welcomr accélère la digitalisation des exploitants d’espaces collaboratifs de travail et de vie.

Concrètement, Welcomr permet aux utilisateurs de lieux d’ouvrir des portes, des barrières de parking, des casiers ou encore des ascenseurs avec leur smartphone. En se connectant aux systèmes de réservation, Welcomr permet à ses clients de proposer des expériences d’usage complètement nouvelles, ceci de manière absolument sécurisée.

Au-delà d’une rencontre pleine de promesses, de la qualité exceptionnelle de l’équipe que je rejoins et de la maturité technique des produits déjà développés, ce qui m’a convaincu dans l’analyse fondamentale des facteurs exogènes de succès de l’entreprise, c’est l’évidence suivant laquelle Welcomr s’inscrit au cœur des cinq mutations globales, profondes et incoercibles, que sont selon moi :

1. la pénétration du logiciel au cœur de l’ensemble des secteurs économiques : je fais évidemment référence à l’article fondateur ‘Why Software is eating the World’ du capital-risqueur Marc Andreessen dans le Wall Street Journal en août 2011.
Welcomr vient dématérialiser les badges ou les clés dans les entreprises : et quand la dématérialisation s’accompagne d’un surcroît de valeur ajoutée dans l’expérience utilisateurs, on parle de digitalisation. A l’heure où le marché transite d’un modèle de propriété d’un bail vers l’usage d’une prestation de service, nous nous adressons à des opérateurs de flex-office pour leur permettre de disposer d’une colonne vertébrale robuste et interopérable de gestion dynamique de leurs espaces physiques.

2. le ralentissement structurel de la croissance mondiale : autant dans les pays développés que dans les pays émergents, la fête est finie. De nombreux facteurs (démographiques avec le vieillissement de la population, endettement public généralisé qui fragilise les investissements dans les nouvelles infrastructures, raréfaction des ressources naturelles, ralentissement de l’économie chinoise, difficultés d’éradication de la corruption en Afrique…) entraînent l’évidence suivant laquelle les gisements de progrès de nos Sociétés sont transférés par les Etats à leurs entreprises. Les entreprises ont la mission d’améliorer leur compétitivité tout en clarifiant leur raison d’être, qui doit s’inscrire dans un projet sociétal.
J’ai la certitude que présenter 3% de cap rate pour un acteur de l’exploitation l’immobilière n’est pas un fatalité, ou en tous cas qu’il est impossible de se satisfaire de la médiocrité ; j’ai aussi rejoint Welcomr parce-que chaque point de CAPEX rogné, chaque point de productivité gagné, chaque utilisateur impressionné par la qualité de l’expérience fournie – et j’ai la conviction que nous fournissons à nos clients un avantage compétitif certain – permet à chacun de nos clients d’améliorer sensiblement le métabolisme de leur modèle économique.

3. la mondialisation : les entreprises doivent exporter pour rentabiliser leurs investissements. C’est une évidence sauf dans les pures activités de services, et sauf peut-être aux Etats-Unis et en Chine où la profondeur des marchés domestiques accélère la capacité des acteurs économiques à grandir vite, mais ralentit leur processus d’internationalisation. Parallèlement, le web standardise les comportements individuels, pour le meilleur et pour le pire : de New-York à Tokyo, tout est partout pareil, on prend les mêmes métros dans les mêmes banlieues, mais quoiqu’on en dise, les usages des réseaux sociaux forgent la jeunesse, et les multinationales lissent les pratiques de consommation.
Pour Welcomr, la bonne nouvelle réside dans l’impérieuse nécessité pour les startups, fréquemment installées dans des espaces de coworking, de cultiver sur l’ensemble de leurs sites d’implantation une marque employeur suffisamment forte pour attirer les meilleurs. C’est la même chose pour les grands groupes où la qualité de l’environnement de travail devient un critère majeur de rétention des talents. Or, les entreprises qui réussissent s’internationalisent de plus en plus vite, et engendrent une harmonisation croissante dans la manière dont sont utilisés partout dans le monde les bâtiments de bureaux, en raison de la nécessité pour les employeurs de proposer à leurs salariés une expérience de marque employeur homogène d’un site à l’autre. Cette vérité côté utilisateurs transcende la difficulté qu’ont, côté investisseurs, les foncières de bureaux à s’internationaliser, sans doute en raison du caractère intimement local de l’expertise nécessaire pour réussir sur les marchés immobiliers.

4. l’urbanisation : si la ville américaine fait dans la verticalité, la ville européenne et la ville asiatique sont modelées suivant un moule horizontal dont la limite est la frontière politique de l’espace convoité, la commune par exemple. Or, la géographie aidant, l’urbanisation continue de la population mondiale contraint à l’augmentation de la réserve foncière des grandes métropoles et de leurs vassales, transcendant les règles d’urbanisme européennes et asiatiques pour accélérer la verticalisation des villes.
La conséquence est que les bâtiments à opérer sont soit de plus en plus élevés lorsque les plans locaux d’urbanisme évoluent, soit de plus en plus optimisés sur le plan de leur taux d’occupation cible, du coup ils voient leurs capacitaires croître, donc ils sont plus complexes à exploiter. Les exploitants de bâtiments ont ainsi mécaniquement besoin de partenaires technologiques comme Welcomr pour les accompagner dans l’arraisonnement de l’utilisation de leurs surfaces dans l’intérêt de leurs utilisateurs, sans pour autant risquer le moindre compromis en matière de sécurité à une époque où le risque cyber n’a d’égal que la réalité de la menace d’intrusion physique.

5. le développement durable : ma génération est convaincue de la nécessité de réalisation de plusieurs transitions de manière conjuguée ; une transition sociale et numérique, permettant à des populations de se former à des compétences recherchées pour sortir de la précarité alors que l’intelligence artificielle arrive à grande vitesse, et une transition climatique et énergétique, privilégiant la poursuite de la quête humaine du progrès tout en préservant notre terrain de jeu.
Chaque déploiement de Welcomr permet de plus d’économiser les kilomètres de câbles qui auraient été installés pour câbler un lecteur de badges à son unité de transfert que l’on appelle dans le monde du contrôle d’accès UTL, son UTL à sa centrale, et sa centrale à l’unité centrale disposant de son logiciel de programmation de badges, qui eux-mêmes auraient été livrés chaque mois en provenance d’un lointain pays. Cela n’a l’air de rien, mais lorsque ma génération sera aux commandes, et c’est chaque jour un peu plus une réalité, cet argument d’une contribution évidente à un monde plus rationnel accélérera encore un peu plus l’attractivité de l’expérience que nous proposons à nos clients de s’approprier. Le bâtiment et la logistique sont les secteurs les plus intensifs en émissions de gaz à effet de serre : chez Welcomr, nous contribuerons autant à leur sobriété que nous aurons commercialement du succès.

Ainsi que j’ai tenté de vous le montrer, il y au moins cinq raisons structurelles pour lesquelles Welcomr est formidablement positionnée pour faire connaître à ses clients tout le succès qu’ils méritent. Et c’est pour moi, dorénavant, autant de « sens ajouté » tous les matins au réveil.

L’urbanisation de la Chine: un enjeu… planétaire

2013-09-16 10.47.10

Shanghai, une vue du Bund – septembre 2013

Parmi les « méga-tendances » mondiales que sont l’efficacité ressources (lutte contre la dépendance énergétique, le changement climatique,…), l’alimentation et la santé, ou encore la globalisation, je pense que l’urbanisation de la Chine a toute sa place. Ayant passé un pourcentage à deux chiffres de mon temps en Chine cette dernière année, j’ai pu observer dans mes discussions à quel point la thématique de l’urbanisation suscite une écoute particulière.

Pour vous en convaincre, voici les ordres de grandeur que l’on entend communément sur l’urbanisation chinoise: en 1950, 13% de la population chinoise vivait en ville. En 2014, ce chiffre a bondi pour atteindre 55%. A cette allure, 1 milliard de Chinois vivront en ville en 2020. La Chine comptera alors plus de 220 villes de plus de 1 million d’habitants (contre 1 en France et 25 en Europe aujourd’hui…).

Ce mouvement massif d’urbanisation revêt des enjeux environnementaux, économiques, sociaux et politiques qui me semblent stratégiques pour le monde chinois mais pas seulement.
Des enjeux environnementaux car même si c’est moins pire qu’avant, les nappes phréatiques chinoises sont en majorité polluées, or il faudra approvisionner en eau potable ces zones urbaines, mais aussi sécuriser la filière alimentaire. La Chine fait déjà face à Beijing Tianjin ou Wuhan par exemple à des risques critiques de pénuries d’eau, de surcroît. D’autre part les néo-urbains seront autant de nouveaux consommateurs à l’heure où l’économie circulaire n’est pas la norme.
Des enjeux économiques car les marques – d’où qu’elles viennent – qui tireront profit au sens propre du terme des nouvelles attentes des habitants de ces nouveaux quartiers, qui sauront accompagner les nouveaux usages numériques ou non développés par la jeunesse chinoise, deviendront les leaders mondiaux de demain.
Des enjeux sociaux car il faudra bien les loger, ces masses urbaines, mais aussi faciliter leur mobilité, leur éducation,….
Des enjeux politiques enfin car la stabilité chinoise repose sur une équation délicate du point de vue du développement durable mêlant croissance économique, enrichissement, et amélioration de la qualité de vie (mesurée par la qualité de l’air, la santé,…).

On le mesure difficilement aujourd’hui, mais je suis persuadé que l’on touche à un enjeu majeur de la prochaine décennie, enjeu qui dépasse la République Populaire de Chine pour mobiliser partout dans le monde des énergies ayant vocation à rencontrer des partenaires chinois. Nous sommes à une époque charnière, en pleine transition, pleine de contradictions et d’opportunités – donc passionnante.

Investir dans l’environnement: faut-il y aller?

J’échange souvent avec des investisseurs, particuliers qui jouent en bourse, professionnels du métier, amateurs de tickets dans des sociétés privées comme le sont les actionnaires de Verteego, autour de la capacité de la thématique environnementale à être une thèse d’investissement pérenne. Ma conviction est que, bien sûr, au même titre que le software dont les fondamentaux (automatiser des tâches répétitives, mettre en relation, faciliter la collaboration, embarquer de l’intelligence métier dans des services) sont immuables, l’environnement est une lame de fond sociétale dont tout portefeuille d’investissements digne de ce nom doit disposer d’une exposition. Comme toute industrie, celle de l’environnement n’est pas exempte de petits défauts de conception. Voici en quelques lignes un résumé des fondamentaux du secteur environnemental.

Oui, il faut s’investir dans le green

Le sous-jacent environnemental est pour moi celui dont les offres de produits comme de services préservent ou augmentent les ressources naturelles (matières premières, empreinte hydrique, empreinte déchets, empreinte carbone, empreinte énergétique, biodiversité,…) dans le plus strict respect de la santé des populations (innocuité des produits / prise en compte de la toxicité tout le long de leur cycle de vie, pollution atmosphérique, air intérieur,…) tout en étant des vecteurs de création de valeur économique pour ses parties prenantes.
C’est en tous cas dans cette philosophie qu’avec nos équipes nous construisons tous les jours un peu plus Verteego et comme ça que nous avons pu conceptualiser notre thématique applicative qui est l’environnement (notre moyen ou technologie étant le logiciel en SaaS).

Le sujet de l’environnement renferme sans aucun doute possible un vivier foisonnant d’innovations transversales technologiques comme dans les usages, où beaucoup de choses restent à faire pour porter la recherche sur le marché. C’est aussi un sujet qui fait l’objet d’une demande soutenue, croissant plus rapidement que la moyenne des marchés, et qui est très largement propice au développement à l’international en raison du développement, qui se voudrait durable, de pays émergents.

Non, pas de green dans mon portefeuille

Pour autant, l’industrie de l’environnement n’est, comme tous les secteurs, pas parfaite.
Quand bien même l’on pourrait penser que les valeurs environnementales sont des valeurs défensives, c’est-à-dire contra-cycliques en raison de la persistance de la nécessité d’éco-concevoir l’activité humaine, ma conviction dorénavant est que les acteurs de l’environnement sont assez dépendants des cycles économiques. L’environnement est en effet un secteur très normatif où la loi, l’application de la loi, et les incitations financières publiques conditionnent la vitesse de maturation d’un marché. Ce qui crée une dépendance à une partie prenante par construction complexe. Or, en cas de mauvaise conjoncture, les pouvoirs publics rabotent les niches fiscales, réduisent les enveloppes de financement, se montrent moins regardants de la conformité et de l’application des sanctions, et avalisent d’autant moins les projets de nouvelles lois environnementales qu’eux aussi sont évalués sur leur capacité à maintenir l’équilibre budgétaire. D’où mon opinion sur le caractère relativement cyclique des sous-jacents environnementaux, tant que les indicateurs de performance économique n’auront pas systématiquement intégré un signal prix pour les ressources naturelles et la santé des populations, qui sont des biens publics.

J’espère avoir contribué à vous forger votre propre avis sur ce sujet. Vous connaissez en tous cas le mien: les enjeux environnementaux sont passionnants et leur potentiel de création de valeur exponentiel. En effet, nous ne pouvons pas nous passer d’un monde plus économe en ressources, plus circulaire aussi, et dans la mesure où la matière fournie par la nature est disponible en quantités finies, il est nécessaire que nous changions nos modèles, et vite.

Développement durable, cash flows et marchés financiers

Les marchés financiers traversent une période mouvementée, sur fond de crise liée à l’endettement grec, d’ombres sur les économies états-uniennes et italiennes, et de crise des fonds propres des banques françaises devant les incertitudes principalement macroéconomiques. Pour faire simple, au cours des 3 derniers mois, leur volatilité a doublé, et leur valeur a perdu 25%.

Or, la volatilité reflète notre visibilité sur la stabilité du monde, et la valeur des marchés l’anticipation des flux de trésorerie de l’ensemble des entreprises cotées. La formule ci-dessus, bien connue, établit que la valeur actuelle nette d’un actif (ici le sous-jacent CAC 40 par exemple), c’est la somme de ses cash flows (CF) futurs actualisés d’un taux i (correspondant au coût moyen pondéré du capital, c’est-à-dire la moyenne pondérée du capital et de la dette des entreprises du CAC 40) sur une perpétuité (c’est-à-dire quand N tend vers l’infini), moins l’investissement initial.

En résumé, plus les cash flows actualisés sont prédictibles de manière certaine sur le long terme, moins grande sera la volatilité. Plus les cash flows actualisés prédits sont importants sur une perpétuité, plus grande sera la valeur.

Si aucune entreprise cotée n’a, pour l’heure et à ma connaissance, pour mission ou ambition de sauver la Planète, toutes les entreprises ont un intérêt bien compris d’un point de vue de la prédictibilité de leurs flux de trésorerie futurs à disposer d’un environnement d’affaires stabilisé, prévisible, équilibré, préservant les écosystèmes, les ressources énergétiques et naturelles, le mojo de ses salariés, et les grands équilibres sociétaux.

L’absence de stratégie active, opposable, systématique de développement durable rend plus difficile, plus opaque, l’évaluation de la valeur d’entreprise, dans la mesure où le doute subsiste quant à la réalité des efforts déployés par le management pour intégrer au coeur des équations économiques les critères environnementaux et sociaux – ce qui met en risque le business et la réputation (traduite par la valeur de ses capitaux immatériels, ou goodwill) de l’entreprise dans le pire des cas à court terme (hausse des prix de l’énergie, tarissement des matières premières, incapacité à répondre aux exigences des clients, saut quantique d’un concurrent…) , dans le pire à moyen terme (scandale sur l’utilisation de substances toxiques par des fournisseurs, catastrophe naturelle, signal prix réglementaire sur les émissions de gaz à effet de serre, guerre des talents,…). Et la valeur de l’entreprise diminue, en corrélation avec la prédictibilité de ses cash flows, au fur et à mesure que l’incertitude sur la volonté de l’entreprise de contribuer à la stabilité de son terrain de jeu s’installe.