L’urbanisation de la Chine: un enjeu… planétaire

2013-09-16 10.47.10

Shanghai, une vue du Bund – septembre 2013

Parmi les « méga-tendances » mondiales que sont l’efficacité ressources (lutte contre la dépendance énergétique, le changement climatique,…), l’alimentation et la santé, ou encore la globalisation, je pense que l’urbanisation de la Chine a toute sa place. Ayant passé un pourcentage à deux chiffres de mon temps en Chine cette dernière année, j’ai pu observer dans mes discussions à quel point la thématique de l’urbanisation suscite une écoute particulière.

Pour vous en convaincre, voici les ordres de grandeur que l’on entend communément sur l’urbanisation chinoise: en 1950, 13% de la population chinoise vivait en ville. En 2014, ce chiffre a bondi pour atteindre 55%. A cette allure, 1 milliard de Chinois vivront en ville en 2020. La Chine comptera alors plus de 220 villes de plus de 1 million d’habitants (contre 1 en France et 25 en Europe aujourd’hui…).

Ce mouvement massif d’urbanisation revêt des enjeux environnementaux, économiques, sociaux et politiques qui me semblent stratégiques pour le monde chinois mais pas seulement.
Des enjeux environnementaux car même si c’est moins pire qu’avant, les nappes phréatiques chinoises sont en majorité polluées, or il faudra approvisionner en eau potable ces zones urbaines, mais aussi sécuriser la filière alimentaire. La Chine fait déjà face à Beijing Tianjin ou Wuhan par exemple à des risques critiques de pénuries d’eau, de surcroît. D’autre part les néo-urbains seront autant de nouveaux consommateurs à l’heure où l’économie circulaire n’est pas la norme.
Des enjeux économiques car les marques – d’où qu’elles viennent – qui tireront profit au sens propre du terme des nouvelles attentes des habitants de ces nouveaux quartiers, qui sauront accompagner les nouveaux usages numériques ou non développés par la jeunesse chinoise, deviendront les leaders mondiaux de demain.
Des enjeux sociaux car il faudra bien les loger, ces masses urbaines, mais aussi faciliter leur mobilité, leur éducation,….
Des enjeux politiques enfin car la stabilité chinoise repose sur une équation délicate du point de vue du développement durable mêlant croissance économique, enrichissement, et amélioration de la qualité de vie (mesurée par la qualité de l’air, la santé,…).

On le mesure difficilement aujourd’hui, mais je suis persuadé que l’on touche à un enjeu majeur de la prochaine décennie, enjeu qui dépasse la République Populaire de Chine pour mobiliser partout dans le monde des énergies ayant vocation à rencontrer des partenaires chinois. Nous sommes à une époque charnière, en pleine transition, pleine de contradictions et d’opportunités – donc passionnante.

Investir dans l’environnement: faut-il y aller?

J’échange souvent avec des investisseurs, particuliers qui jouent en bourse, professionnels du métier, amateurs de tickets dans des sociétés privées comme le sont les actionnaires de Verteego, autour de la capacité de la thématique environnementale à être une thèse d’investissement pérenne. Ma conviction est que, bien sûr, au même titre que le software dont les fondamentaux (automatiser des tâches répétitives, mettre en relation, faciliter la collaboration, embarquer de l’intelligence métier dans des services) sont immuables, l’environnement est une lame de fond sociétale dont tout portefeuille d’investissements digne de ce nom doit disposer d’une exposition. Comme toute industrie, celle de l’environnement n’est pas exempte de petits défauts de conception. Voici en quelques lignes un résumé des fondamentaux du secteur environnemental.

Oui, il faut s’investir dans le green

Le sous-jacent environnemental est pour moi celui dont les offres de produits comme de services préservent ou augmentent les ressources naturelles (matières premières, empreinte hydrique, empreinte déchets, empreinte carbone, empreinte énergétique, biodiversité,…) dans le plus strict respect de la santé des populations (innocuité des produits / prise en compte de la toxicité tout le long de leur cycle de vie, pollution atmosphérique, air intérieur,…) tout en étant des vecteurs de création de valeur économique pour ses parties prenantes.
C’est en tous cas dans cette philosophie qu’avec nos équipes nous construisons tous les jours un peu plus Verteego et comme ça que nous avons pu conceptualiser notre thématique applicative qui est l’environnement (notre moyen ou technologie étant le logiciel en SaaS).

Le sujet de l’environnement renferme sans aucun doute possible un vivier foisonnant d’innovations transversales technologiques comme dans les usages, où beaucoup de choses restent à faire pour porter la recherche sur le marché. C’est aussi un sujet qui fait l’objet d’une demande soutenue, croissant plus rapidement que la moyenne des marchés, et qui est très largement propice au développement à l’international en raison du développement, qui se voudrait durable, de pays émergents.

Non, pas de green dans mon portefeuille

Pour autant, l’industrie de l’environnement n’est, comme tous les secteurs, pas parfaite.
Quand bien même l’on pourrait penser que les valeurs environnementales sont des valeurs défensives, c’est-à-dire contra-cycliques en raison de la persistance de la nécessité d’éco-concevoir l’activité humaine, ma conviction dorénavant est que les acteurs de l’environnement sont assez dépendants des cycles économiques. L’environnement est en effet un secteur très normatif où la loi, l’application de la loi, et les incitations financières publiques conditionnent la vitesse de maturation d’un marché. Ce qui crée une dépendance à une partie prenante par construction complexe. Or, en cas de mauvaise conjoncture, les pouvoirs publics rabotent les niches fiscales, réduisent les enveloppes de financement, se montrent moins regardants de la conformité et de l’application des sanctions, et avalisent d’autant moins les projets de nouvelles lois environnementales qu’eux aussi sont évalués sur leur capacité à maintenir l’équilibre budgétaire. D’où mon opinion sur le caractère relativement cyclique des sous-jacents environnementaux, tant que les indicateurs de performance économique n’auront pas systématiquement intégré un signal prix pour les ressources naturelles et la santé des populations, qui sont des biens publics.

J’espère avoir contribué à vous forger votre propre avis sur ce sujet. Vous connaissez en tous cas le mien: les enjeux environnementaux sont passionnants et leur potentiel de création de valeur exponentiel. En effet, nous ne pouvons pas nous passer d’un monde plus économe en ressources, plus circulaire aussi, et dans la mesure où la matière fournie par la nature est disponible en quantités finies, il est nécessaire que nous changions nos modèles, et vite.

Développement durable, cash flows et marchés financiers

Les marchés financiers traversent une période mouvementée, sur fond de crise liée à l’endettement grec, d’ombres sur les économies états-uniennes et italiennes, et de crise des fonds propres des banques françaises devant les incertitudes principalement macroéconomiques. Pour faire simple, au cours des 3 derniers mois, leur volatilité a doublé, et leur valeur a perdu 25%.

Or, la volatilité reflète notre visibilité sur la stabilité du monde, et la valeur des marchés l’anticipation des flux de trésorerie de l’ensemble des entreprises cotées. La formule ci-dessus, bien connue, établit que la valeur actuelle nette d’un actif (ici le sous-jacent CAC 40 par exemple), c’est la somme de ses cash flows (CF) futurs actualisés d’un taux i (correspondant au coût moyen pondéré du capital, c’est-à-dire la moyenne pondérée du capital et de la dette des entreprises du CAC 40) sur une perpétuité (c’est-à-dire quand N tend vers l’infini), moins l’investissement initial.

En résumé, plus les cash flows actualisés sont prédictibles de manière certaine sur le long terme, moins grande sera la volatilité. Plus les cash flows actualisés prédits sont importants sur une perpétuité, plus grande sera la valeur.

Si aucune entreprise cotée n’a, pour l’heure et à ma connaissance, pour mission ou ambition de sauver la Planète, toutes les entreprises ont un intérêt bien compris d’un point de vue de la prédictibilité de leurs flux de trésorerie futurs à disposer d’un environnement d’affaires stabilisé, prévisible, équilibré, préservant les écosystèmes, les ressources énergétiques et naturelles, le mojo de ses salariés, et les grands équilibres sociétaux.

L’absence de stratégie active, opposable, systématique de développement durable rend plus difficile, plus opaque, l’évaluation de la valeur d’entreprise, dans la mesure où le doute subsiste quant à la réalité des efforts déployés par le management pour intégrer au coeur des équations économiques les critères environnementaux et sociaux – ce qui met en risque le business et la réputation (traduite par la valeur de ses capitaux immatériels, ou goodwill) de l’entreprise dans le pire des cas à court terme (hausse des prix de l’énergie, tarissement des matières premières, incapacité à répondre aux exigences des clients, saut quantique d’un concurrent…) , dans le pire à moyen terme (scandale sur l’utilisation de substances toxiques par des fournisseurs, catastrophe naturelle, signal prix réglementaire sur les émissions de gaz à effet de serre, guerre des talents,…). Et la valeur de l’entreprise diminue, en corrélation avec la prédictibilité de ses cash flows, au fur et à mesure que l’incertitude sur la volonté de l’entreprise de contribuer à la stabilité de son terrain de jeu s’installe.