Covid-19 : ce qui ne tue pas rend-il plus fort ?

Un grand merci à Lucrezia Carnelos pour la photo d'illustration ; retrouvez son travail ici : https://unsplash.com/@ciabattespugnose

Quelle claque elle nous met cette pandémie ! Pour les familles des défunts, c’est d’une tristesse… C’est soudain, inexplicable, imparable. Il est dangereux de les accompagner dans leurs derniers souffles, interdit de se rassembler pour les pleurer. Pour eux et pour les autres : vivons-nous l’avatar post-moderne de ce qu’était une guerre totale contre un ennemi invisible, avec son champs de bataille, ses morts et ses infirmeries ? LE moment de vie que l’on racontera à nos petits-enfants lorsqu’ils nous demanderont si nous y étions ? Personnellement, je m’attendais et me préparais à vivre un jour le 11 septembre du cyber-terrorisme, ou encore la naissance d’une Guerre Froide entre les complexes militaro-industriels chinois et états-unien, ou enfin un clash des civilisations musulmanes vs. judéo-chrétiennes suivant les brillantes prédications de Samuel Huntington. Mais non. Ce sera beaucoup plus romantique. Le coronavirus, dont je pensais il y a une semaine encore qu’il n’était qu’une éphémère émanation darwinienne, se révèle menacer toute l’espèce humaine. Ses contaminés se comptent en millions, ses morts par dizaines de milliers.

Nous sommes face à un objet biologique non identifié, qui défie tous les systèmes immunitaires, qui nous rappelle l’extrême vulnérabilité du corps humain. C’est comme si la Planète avait eu besoin de s’auto-réguler en forçant l’arrêt de la machinerie humaine, pour que le carburant s’arrête un peu de brûler, que les avions cessent de voler, que les eaux de Venise redeviennent claires au point d’attirer à nouveau le poisson – après tout ce temps. C’est comme si l’inventeur du jeu vidéo des dix dernières années nous disait : « Je vous ai envoyé l’Etat Islamique, les missiles nord coréens, le nucléaire en Iran, le Rana Plaza, le protectionnisme, les populistes un peu partout, les néo-nazis, la dette grecque, les migrants, le Brexit, mais malgré cela vous n’avez pas su saborder votre croissance qui aurait porté de manière imminente d’irrémédiables dommages à vos écosystèmes. Voici donc le Bowser, le big boss, le cygne noir du jeu vidéo de la dernière décennie : le virus tueur Covid-19. Il se prend à votre propre jeu de la mondialisation : il se transmet par échange humain. Il aura votre scalp et la peau vos économies. Bonne chance. »
Une version « Stratégie Océan Rouge » de « The World is Flat ». Un cauchemar, en tous cas pour ceux qui, comme moi, mes parents, mes enfants, n’ont pas connu la guerre.

Alors, ce qui ne tue pas rend-il plus fort ? Pré-Coronavirus, je préférais à cette maxime de Friedrich Nietzsche du tome l’Ecole de Guerre de la Vie (tiens tiens…) du chef d’oeuvre Le Crépuscule des Idoles (tiens tiens…), l’archi-connue ‘Expérience is the name everyone gives to their mistakes‘ d’Oscar Wilde. Mais quelle fut notre erreur ? A-ton fauté ? Pêché d’hubris au point qu’il fallu nous punir pour nous rappeler à la fragilité de notre condition humaine ? Vanité divine ? La chose m’intéresse : qui pouvait dire qu’il avait vu la balle venir ? Qui s’était préparé même un tout petit peu au tsunami COVID-19 ? La pensée occidentale permet-elle même d’anticiper un tel événement ? Plein de questions, pas de réponse. Comme en football, à la fin c’est l’allemand qui gagne.
Regardons donc plutôt, pour ceux qui subsistent, si nous sommes plus forts. Sur deux plans. Un premier social, un second économique. Même si, cela va de soi, les deux s’entremêlent.

Sur le plan social, la crise sanitaire actuelle nous rendra sans doute plus forts. Les fonctions vitales au fonctionnement de notre Société sont finalement celles qui ont l’autorisation de circuler physiquement : les professionnels de santé (infirmières, médecins,…) et de salubrité publique (ramassage des poubelles, traitement des déchets), les enseignants, les pompiers, les agriculteurs, les salariés des industries agro-alimentaires et de la chaîne du froid, du traitement et de la distribution d’eau potable, les commerçants de biens de première nécessité, les transporteurs du bout du monde comme du dernier kilomètre, les techniciens de l’urgence (plomberie, électricité, chaufferie-ventilation-climatisation…), les ouvriers du bâtiment car il faut plus que jamais se loger, les militaires et les douaniers pour fermer les frontières, la police pour faire respecter l’ordre, les journalistes, les banquiers, les scientifiques bien sûr, j’en oublie plein. Les autres, et bien, on a beau créer des emplois, la vie nous montre que nous sommes une caste inférieure dans la pyramide de Maslow inversée, qui se veut extraire la substantifique moelle de l’intérêt général. Ce n’est pas un jugement de valeur mais un constat. Oui, ce constat fait voler en éclats notre orgueil, ce constat nous remémore la nécessité de l’enthousiasme, de la passion, de l’ambition dans l’exercice de nos métiers qui occupent les journées de notre seule et unique vie, mais, plus important, ce constat influencera l’ensemble des réformes sociales qui seront pratiquées partout dans le monde pendant des décennies. La pénibilité n’est plus chez les conducteurs de locomotives, mais chez ceux que l’on n’entend jamais : les brancardiers. Et si à l’incapacité des bénéficiaires de privilèges à céder à l’évidence succédait un élan de solidarité réformateur ?

Sur le plan économique, nous sortirons affaiblis de la pandémie à court et moyen terme.
A court terme, sauf à sortir du confinement sous quinzaine, je ne vois pas comment la précarité ne gagnerait pas ceux qui vivent le plus chichement : les chauffeurs de taxi, le personnel d’entretien de l’immobilier tertiaire (bureaux, administrations), les gérants de cafés, les professionnels du tourisme, les organisateurs d’événements, les intermittents du spectacle,.. La liste serait trop longue. L’Etat va logiquement s’endetter pour soutenir les plus démunis. C’est son rôle. Mais aussi pour subvenir aux besoins de trésorerie de 99,9% des entreprises. Ce qui donnera naissance à un cycle long de pressions fiscales haussières, difficilement soutenable dans notre pays ; autre solution : changer radicalement de modèle, avec le risque immense de créer un boulevard aux extrémités politiques. Compliqué.
A moyen terme, petit calcul pour la France : l’économie française s’est arrêtée grosso modo le 15 mars 2020. Mettons que la période de confinement dure… 4 mois (et je suis généreux : elle fut de 3 mois dans la province de Hubei en Chine qui compte pas loin de 60 millions d’habitants, dont le système politique qui a mille défauts mais l’immense avantage de garantir un respect autrement plus orthodoxe des consignes). Cela nous mène au 15 juillet. Arrive août donc vacances. Puis la rentrée. L’économie repart – doucement car dans quel état sera-t-elle ? – le 15 septembre. C’est une demi-année de perdue, à un optimiste 40% d’activité, soit un PIB 2020 en baisse de 30% sur 2020. Allez, va pour une récession de 20% à 25% grâce aux effets d’aubaine en fin d’année. Un sacré coup d’accordéon qui nous demandera trois, quatre années de rattrapage. Et dire qu’il y a quarante-huit heures, malgré la formidable alerte de la main invisible des marchés financiers, je croyais encore ce que je lisais dans la Presse, à savoir que les prévisions de croissance pour 2020 passaient de 2% de croissance à 1% de croissance…
A long terme en revanche, trois bénéfices incommensurables :
– la notion de risque sera pour longtemps mieux appréhendée par l’ensemble de la population. Le risque, ce n’est autre chose qu’un rapport entre volatilité et rendement. Les amateurs d’investissements comprendront mieux pourquoi 3% de rendement annuel dans la pierre sont moins risqués que 8% dans un indice boursier, ou que 15% dans une société non cotée. Pourquoi un locataire AAA négocie plus son loyer qu’un autre. Pourquoi il est logique que les fonctionnaires, qui bénéficient de la sécurité de l’emploi, gagnent mécaniquement moins que dans le privé, où il est possible de perdre sa place. Ou encore que les salariés qui bénéficient de la protection sociale s’enrichissent potentiellement moins que les mandataires sociaux qui ne touchent pas le chômage en cas de difficulté ;
White is the New Black! des métiers relativement désaffectés aujourd’hui (les dorénavant usual suspects : professions médicales, sciences, pompiers, techniciens du bâtiment, agri-business, ville durable, services à la personne, enseignants,… etc.) gagneront durablement en prestige, en notoriété, et donc en attractivité ;
– les entreprises travailleront sur leurs chaînes d’approvisionnement pour les rendre moins dépendantes, plus résilientes, et sur leurs organisations pour en augmenter la flexibilité et l’adaptabilité. Au mythe de l’entreprise agile succèdera celui de l’entreprise maligne.

Pour quand une version mutante du virus fera surface ?

Pourquoi j’ai rejoint Welcomr

Après plus de dix ans d’une aventure entrepreneuriale et humaine extraordinaire avec Verteego, et environ neuf mois de gestation de ma future destination professionnelle qui s’annonçait être celle de la création, je me suis associé fin février de cette année à Alexis Gollain, fondateur de l’entreprise Welcomr. Basée à Tours, où elle est née il y a cinq ans, Welcomr est une proptech, c’est-à-dire une startup technologique s’adressant à l’industrie de l’immobilier. Welcomr accélère la digitalisation des exploitants d’espaces collaboratifs de travail et de vie.

Concrètement, Welcomr permet aux utilisateurs de lieux d’ouvrir des portes, des barrières de parking, des casiers ou encore des ascenseurs avec leur smartphone. En se connectant aux systèmes de réservation, Welcomr permet à ses clients de proposer des expériences d’usage complètement nouvelles, ceci de manière absolument sécurisée.

Au-delà d’une rencontre pleine de promesses, de la qualité exceptionnelle de l’équipe que je rejoins et de la maturité technique des produits déjà développés, ce qui m’a convaincu dans l’analyse fondamentale des facteurs exogènes de succès de l’entreprise, c’est l’évidence suivant laquelle Welcomr s’inscrit au cœur des cinq mutations globales, profondes et incoercibles, que sont selon moi :

1. la pénétration du logiciel au cœur de l’ensemble des secteurs économiques : je fais évidemment référence à l’article fondateur ‘Why Software is eating the World’ du capital-risqueur Marc Andreessen dans le Wall Street Journal en août 2011.
Welcomr vient dématérialiser les badges ou les clés dans les entreprises : et quand la dématérialisation s’accompagne d’un surcroît de valeur ajoutée dans l’expérience utilisateurs, on parle de digitalisation. A l’heure où le marché transite d’un modèle de propriété d’un bail vers l’usage d’une prestation de service, nous nous adressons à des opérateurs de flex-office pour leur permettre de disposer d’une colonne vertébrale robuste et interopérable de gestion dynamique de leurs espaces physiques.

2. le ralentissement structurel de la croissance mondiale : autant dans les pays développés que dans les pays émergents, la fête est finie. De nombreux facteurs (démographiques avec le vieillissement de la population, endettement public généralisé qui fragilise les investissements dans les nouvelles infrastructures, raréfaction des ressources naturelles, ralentissement de l’économie chinoise, difficultés d’éradication de la corruption en Afrique…) entraînent l’évidence suivant laquelle les gisements de progrès de nos Sociétés sont transférés par les Etats à leurs entreprises. Les entreprises ont la mission d’améliorer leur compétitivité tout en clarifiant leur raison d’être, qui doit s’inscrire dans un projet sociétal.
J’ai la certitude que présenter 3% de cap rate pour un acteur de l’exploitation l’immobilière n’est pas un fatalité, ou en tous cas qu’il est impossible de se satisfaire de la médiocrité ; j’ai aussi rejoint Welcomr parce-que chaque point de CAPEX rogné, chaque point de productivité gagné, chaque utilisateur impressionné par la qualité de l’expérience fournie – et j’ai la conviction que nous fournissons à nos clients un avantage compétitif certain – permet à chacun de nos clients d’améliorer sensiblement le métabolisme de leur modèle économique.

3. la mondialisation : les entreprises doivent exporter pour rentabiliser leurs investissements. C’est une évidence sauf dans les pures activités de services, et sauf peut-être aux Etats-Unis et en Chine où la profondeur des marchés domestiques accélère la capacité des acteurs économiques à grandir vite, mais ralentit leur processus d’internationalisation. Parallèlement, le web standardise les comportements individuels, pour le meilleur et pour le pire : de New-York à Tokyo, tout est partout pareil, on prend les mêmes métros dans les mêmes banlieues, mais quoiqu’on en dise, les usages des réseaux sociaux forgent la jeunesse, et les multinationales lissent les pratiques de consommation.
Pour Welcomr, la bonne nouvelle réside dans l’impérieuse nécessité pour les startups, fréquemment installées dans des espaces de coworking, de cultiver sur l’ensemble de leurs sites d’implantation une marque employeur suffisamment forte pour attirer les meilleurs. C’est la même chose pour les grands groupes où la qualité de l’environnement de travail devient un critère majeur de rétention des talents. Or, les entreprises qui réussissent s’internationalisent de plus en plus vite, et engendrent une harmonisation croissante dans la manière dont sont utilisés partout dans le monde les bâtiments de bureaux, en raison de la nécessité pour les employeurs de proposer à leurs salariés une expérience de marque employeur homogène d’un site à l’autre. Cette vérité côté utilisateurs transcende la difficulté qu’ont, côté investisseurs, les foncières de bureaux à s’internationaliser, sans doute en raison du caractère intimement local de l’expertise nécessaire pour réussir sur les marchés immobiliers.

4. l’urbanisation : si la ville américaine fait dans la verticalité, la ville européenne et la ville asiatique sont modelées suivant un moule horizontal dont la limite est la frontière politique de l’espace convoité, la commune par exemple. Or, la géographie aidant, l’urbanisation continue de la population mondiale contraint à l’augmentation de la réserve foncière des grandes métropoles et de leurs vassales, transcendant les règles d’urbanisme européennes et asiatiques pour accélérer la verticalisation des villes.
La conséquence est que les bâtiments à opérer sont soit de plus en plus élevés lorsque les plans locaux d’urbanisme évoluent, soit de plus en plus optimisés sur le plan de leur taux d’occupation cible, du coup ils voient leurs capacitaires croître, donc ils sont plus complexes à exploiter. Les exploitants de bâtiments ont ainsi mécaniquement besoin de partenaires technologiques comme Welcomr pour les accompagner dans l’arraisonnement de l’utilisation de leurs surfaces dans l’intérêt de leurs utilisateurs, sans pour autant risquer le moindre compromis en matière de sécurité à une époque où le risque cyber n’a d’égal que la réalité de la menace d’intrusion physique.

5. le développement durable : ma génération est convaincue de la nécessité de réalisation de plusieurs transitions de manière conjuguée ; une transition sociale et numérique, permettant à des populations de se former à des compétences recherchées pour sortir de la précarité alors que l’intelligence artificielle arrive à grande vitesse, et une transition climatique et énergétique, privilégiant la poursuite de la quête humaine du progrès tout en préservant notre terrain de jeu.
Chaque déploiement de Welcomr permet de plus d’économiser les kilomètres de câbles qui auraient été installés pour câbler un lecteur de badges à son unité de transfert que l’on appelle dans le monde du contrôle d’accès UTL, son UTL à sa centrale, et sa centrale à l’unité centrale disposant de son logiciel de programmation de badges, qui eux-mêmes auraient été livrés chaque mois en provenance d’un lointain pays. Cela n’a l’air de rien, mais lorsque ma génération sera aux commandes, et c’est chaque jour un peu plus une réalité, cet argument d’une contribution évidente à un monde plus rationnel accélérera encore un peu plus l’attractivité de l’expérience que nous proposons à nos clients de s’approprier. Le bâtiment et la logistique sont les secteurs les plus intensifs en émissions de gaz à effet de serre : chez Welcomr, nous contribuerons autant à leur sobriété que nous aurons commercialement du succès.

Ainsi que j’ai tenté de vous le montrer, il y au moins cinq raisons structurelles pour lesquelles Welcomr est formidablement positionnée pour faire connaître à ses clients tout le succès qu’ils méritent. Et c’est pour moi, dorénavant, autant de « sens ajouté » tous les matins au réveil.

L’urbanisation de la Chine: un enjeu… planétaire

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Shanghai, une vue du Bund – septembre 2013

Parmi les « méga-tendances » mondiales que sont l’efficacité ressources (lutte contre la dépendance énergétique, le changement climatique,…), l’alimentation et la santé, ou encore la globalisation, je pense que l’urbanisation de la Chine a toute sa place. Ayant passé un pourcentage à deux chiffres de mon temps en Chine cette dernière année, j’ai pu observer dans mes discussions à quel point la thématique de l’urbanisation suscite une écoute particulière.

Pour vous en convaincre, voici les ordres de grandeur que l’on entend communément sur l’urbanisation chinoise: en 1950, 13% de la population chinoise vivait en ville. En 2014, ce chiffre a bondi pour atteindre 55%. A cette allure, 1 milliard de Chinois vivront en ville en 2020. La Chine comptera alors plus de 220 villes de plus de 1 million d’habitants (contre 1 en France et 25 en Europe aujourd’hui…).

Ce mouvement massif d’urbanisation revêt des enjeux environnementaux, économiques, sociaux et politiques qui me semblent stratégiques pour le monde chinois mais pas seulement.
Des enjeux environnementaux car même si c’est moins pire qu’avant, les nappes phréatiques chinoises sont en majorité polluées, or il faudra approvisionner en eau potable ces zones urbaines, mais aussi sécuriser la filière alimentaire. La Chine fait déjà face à Beijing Tianjin ou Wuhan par exemple à des risques critiques de pénuries d’eau, de surcroît. D’autre part les néo-urbains seront autant de nouveaux consommateurs à l’heure où l’économie circulaire n’est pas la norme.
Des enjeux économiques car les marques – d’où qu’elles viennent – qui tireront profit au sens propre du terme des nouvelles attentes des habitants de ces nouveaux quartiers, qui sauront accompagner les nouveaux usages numériques ou non développés par la jeunesse chinoise, deviendront les leaders mondiaux de demain.
Des enjeux sociaux car il faudra bien les loger, ces masses urbaines, mais aussi faciliter leur mobilité, leur éducation,….
Des enjeux politiques enfin car la stabilité chinoise repose sur une équation délicate du point de vue du développement durable mêlant croissance économique, enrichissement, et amélioration de la qualité de vie (mesurée par la qualité de l’air, la santé,…).

On le mesure difficilement aujourd’hui, mais je suis persuadé que l’on touche à un enjeu majeur de la prochaine décennie, enjeu qui dépasse la République Populaire de Chine pour mobiliser partout dans le monde des énergies ayant vocation à rencontrer des partenaires chinois. Nous sommes à une époque charnière, en pleine transition, pleine de contradictions et d’opportunités – donc passionnante.

Investir dans l’environnement: faut-il y aller?

J’échange souvent avec des investisseurs, particuliers qui jouent en bourse, professionnels du métier, amateurs de tickets dans des sociétés privées comme le sont les actionnaires de Verteego, autour de la capacité de la thématique environnementale à être une thèse d’investissement pérenne. Ma conviction est que, bien sûr, au même titre que le software dont les fondamentaux (automatiser des tâches répétitives, mettre en relation, faciliter la collaboration, embarquer de l’intelligence métier dans des services) sont immuables, l’environnement est une lame de fond sociétale dont tout portefeuille d’investissements digne de ce nom doit disposer d’une exposition. Comme toute industrie, celle de l’environnement n’est pas exempte de petits défauts de conception. Voici en quelques lignes un résumé des fondamentaux du secteur environnemental.

Oui, il faut s’investir dans le green

Le sous-jacent environnemental est pour moi celui dont les offres de produits comme de services préservent ou augmentent les ressources naturelles (matières premières, empreinte hydrique, empreinte déchets, empreinte carbone, empreinte énergétique, biodiversité,…) dans le plus strict respect de la santé des populations (innocuité des produits / prise en compte de la toxicité tout le long de leur cycle de vie, pollution atmosphérique, air intérieur,…) tout en étant des vecteurs de création de valeur économique pour ses parties prenantes.
C’est en tous cas dans cette philosophie qu’avec nos équipes nous construisons tous les jours un peu plus Verteego et comme ça que nous avons pu conceptualiser notre thématique applicative qui est l’environnement (notre moyen ou technologie étant le logiciel en SaaS).

Le sujet de l’environnement renferme sans aucun doute possible un vivier foisonnant d’innovations transversales technologiques comme dans les usages, où beaucoup de choses restent à faire pour porter la recherche sur le marché. C’est aussi un sujet qui fait l’objet d’une demande soutenue, croissant plus rapidement que la moyenne des marchés, et qui est très largement propice au développement à l’international en raison du développement, qui se voudrait durable, de pays émergents.

Non, pas de green dans mon portefeuille

Pour autant, l’industrie de l’environnement n’est, comme tous les secteurs, pas parfaite.
Quand bien même l’on pourrait penser que les valeurs environnementales sont des valeurs défensives, c’est-à-dire contra-cycliques en raison de la persistance de la nécessité d’éco-concevoir l’activité humaine, ma conviction dorénavant est que les acteurs de l’environnement sont assez dépendants des cycles économiques. L’environnement est en effet un secteur très normatif où la loi, l’application de la loi, et les incitations financières publiques conditionnent la vitesse de maturation d’un marché. Ce qui crée une dépendance à une partie prenante par construction complexe. Or, en cas de mauvaise conjoncture, les pouvoirs publics rabotent les niches fiscales, réduisent les enveloppes de financement, se montrent moins regardants de la conformité et de l’application des sanctions, et avalisent d’autant moins les projets de nouvelles lois environnementales qu’eux aussi sont évalués sur leur capacité à maintenir l’équilibre budgétaire. D’où mon opinion sur le caractère relativement cyclique des sous-jacents environnementaux, tant que les indicateurs de performance économique n’auront pas systématiquement intégré un signal prix pour les ressources naturelles et la santé des populations, qui sont des biens publics.

J’espère avoir contribué à vous forger votre propre avis sur ce sujet. Vous connaissez en tous cas le mien: les enjeux environnementaux sont passionnants et leur potentiel de création de valeur exponentiel. En effet, nous ne pouvons pas nous passer d’un monde plus économe en ressources, plus circulaire aussi, et dans la mesure où la matière fournie par la nature est disponible en quantités finies, il est nécessaire que nous changions nos modèles, et vite.

Développement durable, cash flows et marchés financiers

Les marchés financiers traversent une période mouvementée, sur fond de crise liée à l’endettement grec, d’ombres sur les économies états-uniennes et italiennes, et de crise des fonds propres des banques françaises devant les incertitudes principalement macroéconomiques. Pour faire simple, au cours des 3 derniers mois, leur volatilité a doublé, et leur valeur a perdu 25%.

Or, la volatilité reflète notre visibilité sur la stabilité du monde, et la valeur des marchés l’anticipation des flux de trésorerie de l’ensemble des entreprises cotées. La formule ci-dessus, bien connue, établit que la valeur actuelle nette d’un actif (ici le sous-jacent CAC 40 par exemple), c’est la somme de ses cash flows (CF) futurs actualisés d’un taux i (correspondant au coût moyen pondéré du capital, c’est-à-dire la moyenne pondérée du capital et de la dette des entreprises du CAC 40) sur une perpétuité (c’est-à-dire quand N tend vers l’infini), moins l’investissement initial.

En résumé, plus les cash flows actualisés sont prédictibles de manière certaine sur le long terme, moins grande sera la volatilité. Plus les cash flows actualisés prédits sont importants sur une perpétuité, plus grande sera la valeur.

Si aucune entreprise cotée n’a, pour l’heure et à ma connaissance, pour mission ou ambition de sauver la Planète, toutes les entreprises ont un intérêt bien compris d’un point de vue de la prédictibilité de leurs flux de trésorerie futurs à disposer d’un environnement d’affaires stabilisé, prévisible, équilibré, préservant les écosystèmes, les ressources énergétiques et naturelles, le mojo de ses salariés, et les grands équilibres sociétaux.

L’absence de stratégie active, opposable, systématique de développement durable rend plus difficile, plus opaque, l’évaluation de la valeur d’entreprise, dans la mesure où le doute subsiste quant à la réalité des efforts déployés par le management pour intégrer au coeur des équations économiques les critères environnementaux et sociaux – ce qui met en risque le business et la réputation (traduite par la valeur de ses capitaux immatériels, ou goodwill) de l’entreprise dans le pire des cas à court terme (hausse des prix de l’énergie, tarissement des matières premières, incapacité à répondre aux exigences des clients, saut quantique d’un concurrent…) , dans le pire à moyen terme (scandale sur l’utilisation de substances toxiques par des fournisseurs, catastrophe naturelle, signal prix réglementaire sur les émissions de gaz à effet de serre, guerre des talents,…). Et la valeur de l’entreprise diminue, en corrélation avec la prédictibilité de ses cash flows, au fur et à mesure que l’incertitude sur la volonté de l’entreprise de contribuer à la stabilité de son terrain de jeu s’installe.