A propos Jeremy Fain

I am a serial entrepreneur in the enterprise software space. I had co-founded Verteego, a SaaS provider of predictive analytics for smarter organizations, back in 2008. I've now joined Welcomr, a proptech born to accelerate the digitalization of the real estate industry.

Le logiciel au cœur de la politique industrielle du Brésil

Pour des raisons professionnelles, je commençais il y a un an environ à suivre l’actualité du Brésil. Depuis, Verteego et son excellent partenaire brésilien Proactive Consultoria, ont signé un premier et magnifique client en commun, Andrade Gutierrez, le géant de la construction sud-américaine. Il va sans dire que ma curiosité s’est vite transformée en intérêt marqué…

Même si scène est largement occupée par les arrestations de la Présidente Dilma Roussef des officiels pris en flagrant délit de corruption, une mesure récente du gouvernement a retenu toute mon attention.

La fiscalité brésilienne est très lourde, notamment la fiscalité du travail: il en coûte aux entreprises 1,41 reais en moyenne par real de salaire versé. Ce qui a pour conséquence que les industries intensives en capital humain n’embauchaient pas aussi vite qu’elles le pouvaient. Outre le textile, la chaussure, et les meubles, l’industrie du logiciel est considérée comme relevant d’un potentiel fort de recrutement et de développement de talents.

La mesure du gouvernement est la suivante: à partir du 1er octobre 2011, et pendant 18 mois, les entreprises brésiliennes du secteur du logiciel verront leurs charges sociales soulagées de 20%. En échange, elles verseront une taxe annuelle de 2,5% de leur chiffre d’affaires (1,5% pour le textile, la chaussure et les meubles en raison de l’alourdissement de leurs structures de coûts lié aux achats de matières premières).

Si cette mesure à l’issue des 18 mois probatoires est un succès, le gouvernement pourrait bien décider de l’étendre à d’autres secteurs économiques.

Personnellement, je trouve cette idée excellente: elle permet de lever les barrières à l’embauche d’une équipe solide tout de suite, tout en donnant aux entreprises qui doivent prendre le temps d’investir dans leur actif technologique de la souplesse pour bâtir de bons produits & services avant d’aller les vendre. Et ce n’est que dès lors qu’il y a transaction avec un client, et donc valeur ajoutée, que le gouvernement vient récupérer justement sa contribution à la création de cette valeur.

Une telle mesure appliquée en France permettrait aux éditeurs de logiciels de disposer d’équipes complètes (chef de produit, architecte logiciel, développeurs, administrateur base de données, testeurs, documentalistes, support, services professionnels) plus tôt dans leur cycle de maturation, leur permettant d’augmenter plus vite la qualité logicielle, et ainsi d’arriver sur le marché suffisamment armés contre la concurrence de leurs rivaux américains mieux capitalisés et les exigences des très grands comptes internationaux en matière de largesse et profondeur de la couverture fonctionnelle de la solution. S’il s’agissait de consommateurs ou de PME, on sait que les éditeurs qui créent le plus de valeur sur le long terme sont ceux qui développent des plateformes sur lesquelles des applications développées par d’autres éditeurs peuvent venir se clipser. Or, de telles plateformes sont très complexes à concevoir et longues à développer proprement: la mesure brésilienne adaptée à la sauce hexagonale permettrait à de telles entreprises éditrices de plateformes logicielles de pouvoir émerger depuis la Gaulle.

Le Brésil dégage une sérénité entrepreneuriale exceptionnelle qui n’a pas l’air de vouloir s’arrêter en si bon chemin tant le libéralisme économique semble ancré dans la Société: Erik Orsenna, dans son essai sur le coton (« Voyage au Pays du Coton, petit précis de mondialisation ») le qualifiait même de seul pays véritablement libéral qu’il avait visité (et n’incluait pas les Etats-Unis, et certainement pas la Chine, dans cette catégorie). Le Brésil a aussi compris qu’une industrie du logiciel forte était un gage de création d’emplois qualifiés certes, mais aussi de compétitivité et de rayonnement tellement le logiciel transpire par nature dans tous les secteurs industriels dont il est fournisseur. Pourtant, le Brésil ne fait pas encore tout bien: dans le même paquet de réforme de la politique industrielle qui comptait, outre cette mesure selon moi exceptionnellement intelligente de transfert d’impôt du travail vers le volume d’activité pour les éditeurs de logiciels, on pouvait trouver des mesures affreusement protectionnistes telles qu’un quadruplement des effectifs douaniers, ou encore, pire, une préférence domestique pour les marchés publics… On peut néanmoins le comprendre: si ses concurrents sur l’échiquier mondial ne jouent pas le jeu du libre-échange, pourquoi le Brésil devrait-il être le dindon de la farce?

Supprimer les charges sociales pour réduire la dette de la France

Manifestement, le principal problème de nos économies (des pays dits industrialisés & développés) est leur incapacité à réduire le fardeau de leur dette.

Pour retarder l’accroissement de la dette, on peut réduire les budgets (la fameuse ‘rigueur’), mais pour réduire la dette, il faut augmenter les recettes de l’Etat. Or, le poste principal de recettes en France étant la TVA, réduire la dette revient à augmenter les dépenses de consommation. Ou encore, permettre à un maximum de Français d’accéder à des revenus leur permettant de consommer au-delà des biens de première nécessité. Dit autrement, réduire la dette équivaut à relancer la machine de l’emploi, c’est-à-dire à résorber le chômage. C’est pour cela par exemple que cette statistique est particulièrement suivie aux Etats-Unis.

Dans le contexte français, un problème apparaît: réduire la dette nécessite la création d’emplois nouveaux. Or, la création d’emploi nécessite de la croissance et des opportunités, et de la visibilité sur le futur. Or, la croissance suppose de nouveaux investissements qui ne pourront être entrepris qu’avec une dette plus raisonnable. Problème! le serpent se mord la queue. Emploi nécessite Croissance qui nécessite Emploi.

La solution viendrait donc d’un changement de paradigme. Ce paradigme nouveau serait celui d’un coût de l’emploi moindre pour les entreprises, sans que celui-ci n’impacte la capacité de financement de l’Etat.

Ma proposition est donc: supprimons les charges sociales, augmentons la TVA. Supprimer les charges sociales aura pour bénéfice immédiat de réduire le coût du travail, et donc d’augmenter les effectifs des entreprises. Augmenter la TVA permettra de rendre cette mesure beaucoup moins douloureuse pour l’Etat dans un premier temps, et clairement très rentable dans un second temps: les nouveaux emplois créés permettront d’augmenter le pouvoir d’achat des Français, et donc la consommation, et donc la croissance, et donc les recettes de la TVA (une invention française d’ailleurs, politiquement géniale), et donc la capacité de l’Etat à refinancer sa dette.

La suppression des charges sociales aurait également pour bénéfice de donner une nouvelle chance à l’industrie française. Les industries qui nécessitent de forts investissements en main d’oeuvre qualifiée (un exemple que je connais bien: l’industrie du logiciel qui demande plusieurs mois dans le web, plusieurs années dans le logiciel d’entreprise ou embarqué, d’investissements des équipes de R&D dans la conception et le développement des produits) se verront en effet soulagées pendant leur période initiale de création des offres. Les capitaux investis dans ces projets en phase d’investissement seront donc à 100% consacrés à la réalisation de l’objectif (construire les produits), plutôt qu’en partie versés en charges sociales à l’Etat, ce qui aura pour conséquence favorable de réduire les temps de démarrage, de disposer d’acteurs plus forts car aux produits disposant de budgets significativement plus importants, et donc d’augmenter in fine la recette de l’Etat grâce à un taux de TVA beaucoup plus lucratif.

Un calcul de coin de table me fait penser qu’une TVA augmentée de 50% (de 19,6% à 30%, pour faire simple) rendrait la suppression complète des charges sociales quasi indolore dans un premier temps, et souvent (en fonction du scénario) très rentable dans un second temps.

Bien sûr et enfin, si supprimer les charges sociales permettrait sans doute aux entreprises d’embaucher plus, il faudrait pour qu’elles embauchent mieux évoquer ici les sujets de l’Education, de la Formation continue, de l’immigration, de la flexibilité du travail, de l’esprit d’entreprendre, de la perception sociale de la réussite,… Pareil pour la consommation: c’est bien beau de l’augmenter pour permettre à l’Etat, grâce aux recettes de la TVA, de relancer la croissance; mais quid des impacts environnementaux de la croissance? Plus de produits consommés, ce sont plus de produits à fabriquer donc plus de matières premières extraites au stade de fabrication, plus d’énergie à fournir pour les acheminer, plus de ressources pour les utiliser, et plus de déchets à traiter. Cela impose de repenser la conception des produits, de leur cycle de vie, de repenser notre manière de consommer. Mais bon, tous ces sujets dépassent largement l’ambition de cet article. Chaque chose en son temps.

Cette proposition (supprimer les charges sociales et les remplacer par une TVA augmentée) n’est clairement pas de moi, je l’ai maintes fois entendue, sous différentes formes, et depuis des années, mais une reformulation ne faisant jamais de mal, j’espère que ces lignes seront lues par les bonnes personnes.

Sur les agences de notation

Tous les médias, observateurs, économistes, y vont de leurs commentaires sur les agences de notation. Il n’y a donc aucune raison, bien sûr (…), que je ne vous livre pas le mien – à l’heure où S&P a dégradé pour la première fois les US, et que l’Europe est menacée, après la crise grecque, d’une rebelote italo-hispano-irlando-portugaise.

Vouloir supprimer les agences de notation me semble être aussi hérétique que les rendre coupables de la crise qui nous touche tous. Le plus amusant, c’est que les utilisateurs des notations, c’est-à-dire les opérateurs de marchés, sont les premiers à critiquer la crédibilité de ces agences. La finance a-t-elle perdu son libre arbitre au point de n’être plus en capacité de « prendre position » en faisant fi de l’avis de tiers, quitte à se tromper?

Certes, les agences sont devenues trop puissantes: c’est un oligopole (3 agences détiennent 90%+ du marché) qui a de surcroît réussit à se donner un caractère institutionnel, en influençant significativement la cote obligataire des pays qui viennent se financer sur les marchés. Bravo à elles.
Plutôt que vouloir rendre l’oligopole monopole en confiant 100% du droit de notation au FMI (absurde selon moi car d’autres agences vont immédiatement être recrées, sinon c’est porter atteinte à la liberté d’entreprendre) quid de renforcer les agences du tier 2, voire, par le jeu de la concurrence, de stimuler un découpage en appartements des agences dominantes?
Certes les agences se trompent, mais quel économiste ne s’est jamais trompé?
Certes les agences n’anticipent pas, mais comment anticiper quoi que ce soit, alors que par définition un marché, selon la formule consacrée, « achète la rumeur et vend la nouvelle »?

Selon moi, le débat des agences de notation est un cas d’école de faux débat économique: si leurs copies étaient à ce point hors sujet, personne ne les écouteraient. Les vrais sujets sont ailleurs, dans la révision des fondamentaux d’un développement économique et sociale durable. A l’échelle supra-nationale. Et là, ça devient tout à coup beaucoup plus compliqué.